La République Démocratique du Congo, dont le sous-sol constitue le poumon économique, voit une nouvelle fois sa gouvernance minière mise à l’épreuve. L’arrivée d’une commission parlementaire au Lualaba, dépêchée par l’Assemblée nationale, souligne l’urgence d’une crise aux multiples facettes. Entre la tragédie humaine de l’effondrement mine Mulondo et les conséquences socio-économiques brutales de l’arrêté ministériel de décembre 2025, les députés tentent de naviguer dans un champ de mines politique. Leur mission : éteindre un incendie que des mesures perçues comme autoritaires n’ont fait qu’attiser. Quel prix le pays doit-il payer pour la régulation d’un secteur aussi vital que chaotique ?
L’onde de choc provoquée par l’effondrement de la carrière de Mulondo en novembre dernier, faisant au moins trente-deux victimes parmi les creuseurs artisanaux, n’était pas encore résorbée qu’un second séisme institutionnel est venu frapper la province. L’arrêté du ministre des Mines, daté du 19 décembre 2025, décrétant la suspension activités minières Lualaba et la commercialisation des substances issues de la filière artisanale cupro-cobaltifère, a jeté de l’huile sur le feu. Cette décision, présentée comme un outil de régulation et de sécurisation, a été vécue sur le terrain comme une condamnation à mort économique, déclenchant immédiatement des vagues de manifestations. Le gouvernement provincial et central jouent-ils avec le feu social en adoptant une approche aussi radicale, sans filet de sécurité pour les milliers de familles dépendantes de cette activité ?
C’est dans ce climat de forte tension que l’enquête Assemblée nationale prend tout son sens. Dirigée par le député Serge Khonde, la commission parlementaire Lualaba a pour mandat officiel de « recueillir les amples détails » sur les circonstances de la tragédie et l’impact de la suspension. Derrière cette formulation procédurière se cache un objectif politique crucial : désamorcer une bombe à retardement. Comme l’a résumé Khonde, il s’agit de partager les responsabilités et d’établir « la quiétude sociale » dans cette province « économiquement importante ». Une mission qui ressemble fort à une opération de sauvetage, tant pour les populations que pour la crédibilité des autorités.
L’analyse des faits révèle un paradoxe criant. D’un côté, l’État semble impuissant à prévenir des catastrophes comme celle de Mulondo, mettant en lumière les failles béantes dans la sécurité des sites d’exploitation artisanale cupro-cobaltifère. De l’autre, il brandit soudainement le glaive réglementaire avec une suspension généralisée, mesure perçue comme punitive et déconnectée des réalités locales. Cette schizophrénie gestionnaire interroge sur la réelle stratégie minière du pays. Veut-on formaliser le secteur artisanal ou l’asphyxier ? La recherche de revenus fiscaux et le contrôle des circuits justifient-ils un coup d’arrêt qui risque de plonger des régions entières dans le chaos ?
Les implications politiques de cette double crise sont profondes. Le Lualaba, poumon cupro-cobaltifère du pays, est un baromètre de la stabilité nationale. Un mécontentement prolongé dans cette région peut aisément se transformer en un vent de contestation plus large, fragilisant un équilibre déjà précaire. La commission parlementaire se trouve donc en première ligne, chargée d’une mission d’apaisement tout en devant identifier des coupables. Sa crédibilité et son indépendance seront scrutées à la loupe. Parviendra-t-elle à proposer des solutions qui concilient sécurité des personnes, intérêts économiques de l’État et survie des communautés locales, ou ne sera-t-elle qu’un cautère sur une jambe de bois ?
En définitive, la tournée de la commission au Lualaba représente bien plus qu’une simple enquête de routine. C’est un test majeur pour la gouvernance congolaise des ressources minières. Les conclusions qu’elle rendra, et la manière dont le gouvernement les mettra – ou non – en œuvre, dessineront l’avenir du secteur artisanal. S’agit-il du prélude à une réforme en profondeur, intégrant enfin les creuseurs dans un cadre légal et sécurisé, ou simplement d’une manœuvre dilatoire pour calmer les esprits avant un retour au statu quo ante ? La balle est désormais dans le camp des parlementaires. Leur capacité à transcender les clivages et à proposer une voie médiane déterminera si le pays peut extraire de ses minerais une prospérité partagée, plutôt qu’un cycle infernal de tragédies et de répressions.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
