Alors que les arriérés de salaires et les retards de paiement minent depuis des années le système éducatif congolais, une réforme majeure vient d’être annoncée. La Direction nationale de contrôle, de la préparation de la paie et de la maîtrise des effectifs des enseignants et du personnel administratif (DINACOPE) a en effet décidé de dissocier la prime de gratuité des enseignants des frais de fonctionnement des établissements scolaires. Cette mesure, qui entrera en vigueur dès le premier trimestre 2026, marque-t-elle un tournant décisif pour la dignité des enseignants en République Démocratique du Congo ?
Dans un communiqué officiel rendu public lundi 12 janvier 2026 et signé par son Directeur national, M. Boniface Mbaka Ngapembe, la DINACOPE a détaillé les contours de cette réforme attendue. Désormais, la prime de gratuité, une composante cruciale de la rémunération des enseignants du primaire, sera versée directement sur le compte individuel de chaque bénéficiaire. Cette pratique met fin à un système ancien où ces fonds étaient souvent mélangés aux budgets globaux des écoles, exposant les enseignants à des retards, des détournements ou des paiements partiels. Concrètement, à partir de la paie de janvier 2026, chaque enseignant verra cette prime arriver sur son compte, clarifiant ainsi la gestion salariale et garantissant une transparence longtemps réclamée.
Cette décision n’est pas tombée du ciel. Elle fait suite à une correspondance de la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, Raïssa Malu, adressée au Vice-Premier ministre, ministre du Budget. Elle traduit surtout la volonté politique affichée par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de réformer en profondeur le secteur éducatif. L’objectif est double : assurer une rémunération plus juste et sécurisée pour les enseignants, ces piliers souvent invisibles de la nation, et permettre aux écoles de consacrer leurs fonds de fonctionnement, désormais préservés, aux véritables besoins pédagogiques et administratifs. Ne s’agit-il pas là d’une condition essentielle pour améliorer la qualité de l’enseignement offert aux millions d’élèves congolais ?
La réforme ne se limite pas à une simple dissociation comptable. Le communiqué de la DINACOPE assortit cette annonce d’instructions fermes à l’endroit des opérateurs de paie, notamment Afriland Bank et Caritas. Le gouvernement leur a enjoint d’« apurer immédiatement tous les arriérés de salaires constatés ». Cette injonction vise à solder les dettes accumulées et à repartir sur une base saine avec le nouveau système. Pour s’assurer du suivi rigoureux de cette transition, les directeurs provinciaux de la DINACOPE ont reçu pour mission de transmettre, du 12 au 15 janvier 2026, des rapports quotidiens sur l’avancement des paiements. Une surveillance accrue qui témoigne de la volonté de tourner la page des pratiques opaques.
Cette initiative constitue sans conteste une étape majeure dans l’assainissement de la gestion salariale du secteur éducatif en RDC. Pendant des années, la confusion entre la masse salariale et le budget de fonctionnement a été une source de tensions, de grèves et de désespoir pour de nombreux enseignants. En clarifiant les flux financiers, l’État reconnaît le rôle central des enseignants et prend un engagement fort envers leur stabilité économique. Comment, en effet, attendre d’un enseignant qu’il se consacre pleinement à sa mission si sa rémunération de base n’est pas garantie dans les temps ?
La réussite de cette réforme paiement enseignants dépendra néanmoins de son application sur le terrain. Les défis logistiques et techniques restent importants, notamment dans les provinces les plus reculées où l’accès aux services bancaires n’est pas une évidence. La capacité des opérateurs de paie à tenir les délais et à traiter efficacement les données de centaines de milliers d’enseignants sera un premier test. La vigilance de la société civile et des syndicats d’enseignants sera également cruciale pour s’assurer que les promesses se traduisent en réalités tangibles dans chaque salle de classe du pays.
En définitive, la dissociation de la prime gratuité enseignants RDC des frais de fonctionnement est bien plus qu’une mesure administrative. C’est un signal fort envoyé à toute la profession. Elle s’inscrit dans une vision plus large de revalorisation du métier d’enseignant et d’amélioration de la gouvernance au sein de l’éducation nationale RDC. Si elle est menée à son terme avec rigueur, elle pourrait restaurer la confiance et redonner de l’espoir à des milliers de familles pédagogiques, posant ainsi les bases d’un système éducatif plus résilient et plus équitable pour les générations futures. L’action de la DINACOPE, sous la houlette de Boniface Mbaka Ngapembe, ouvre une nouvelle page. Reste à écrire la suite, au quotidien, dans la dignité retrouvée des salles des maîtres à travers le pays.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: mediacongo.net
