L’image de ces sacs de vivres déchargés sous un soleil de plomb, au milieu de visages marqués par l’exil et l’attente, en dit plus long que tous les discours. Pour des milliers de Congolais réfugiés dans les sites de Busuma au Burundi et de Kigoma en Tanzanie, la visite d’une délégation gouvernementale dirigée par Eve Bazaiba n’était pas qu’un symbole. C’était une bouffée d’air, un premier geste concret d’une nation vers ses enfants dispersés par la tourmente. La mission humanitaire du gouvernement congolais, portée par la ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, vient de tracer un chemin d’espoir au-delà des frontières, rappelant que la solidarité nationale ne connaît pas de limites géographiques.
Comment vit-on lorsque l’on a tout perdu, fui la violence, et que l’on survit dans l’incertitude d’un camp ? La réponse se lit dans le regard de ceux qui ont reçu l’aide du gouvernement. Plus de 67 000 compatriotes ont bénéficié de cette distribution de vivres organisée sur le site de Busuma. Un chiffre qui donne le vertige, mais qui, pour Eve Bazaiba, ne résume pas l’action engagée. « Apporter du sourire, réconfort et espoir à nos compatriotes en situation délicate […] c’est le fondement de la mission gouvernementale d’assistance humanitaire », a-t-elle affirmé, soulignant que cet acte visait à soulager « la peine des nôtres contraints à l’exil à cause de la guerre d’agression du Rwanda ». Derrière chaque colis distribué, il y a la reconnaissance d’une dette morale de l’État envers ses citoyens, où qu’ils soient.
Mais cette mission humanitaire en RDC et dans les pays voisins va bien au-delà de l’aide d’urgence. Dans un contexte régional où l’instabilité persiste dans l’Est du pays, le geste de Kinshasa est hautement politique. Il s’agit d’un signal fort adressé à la fois aux réfugiés, à la communauté internationale et aux acteurs de la crise. Le message est clair : la RDC assume sa responsabilité de protéger ses enfants et travaille à créer les conditions pour un retour « volontaire, digne et sécurisé ». La présence de la ministre, aux côtés de son collègue Crispin Mbadu, incarne cette volonté de l’État de ne pas abandonner ses fils et filles à leur sort, même quand ils se trouvent sur une terre étrangère. Cette démarche pose une question fondamentale : jusqu’où peut et doit s’étendre le devoir de solidarité d’une nation ?
La situation des réfugiés congolais en Tanzanie, notamment dans la ville portuaire de Kigoma, et celle de leurs frères et sœurs au Burundi, met en lumière les conséquences humaines dramatiques des conflits cycliques. La distribution de vivres, aussi nécessaire soit-elle, ne suffit pas. Elle doit s’accompagner d’une perspective, d’une lueur au bout du tunnel. C’est précisément ce « message d’espoir » que la délégation est venue porter. Un espoir ancré dans la promesse d’un avenir meilleur et dans la reconnaissance de leur souffrance par les plus hautes autorités de leur pays d’origine. Cette mission traduit ainsi une « sollicitude » renouvelée des autorités, une main tendue vers ceux qui ont été contraints de fuir.
L’action d’Eve Bazaiba et du gouvernement dans cette mission humanitaire interroge également notre conception de la citoyenneté et de la communauté nationale. Peut-on construire une paix durable si des pans entiers de la population vivent dans la précarité et l’exil ? L’aide alimentaire au Burundi et en Tanzanie est un premier pas, indispensable, pour répondre à l’urgence. Mais le véritable défi reste de taille : créer les conditions de sécurité et de stabilité qui permettront à ces dizaines de milliers de personnes de rentrer chez elles, de reconstruire leurs vies sur leur terre. La solidarité nationale manifestée aujourd’hui doit être la première pierre d’un édifice plus vaste, celui d’une paix juste et inclusive pour tout l’Est de la RDC. Le chemin est long, mais le geste posé par cette mission humanitaire montre que la route, au moins, est désormais tracée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
