À Mama Kona, dans la commune kinoise de Ngaliema, Edith Mubabi, mère de famille, a le visage fermé. La voix tremblante d’indignation, elle confie son profond malaise. « Je n’ai pas aimé ces propos. Chaque personne doit répondre de ses propres actes. Cela ne concerne ni les enfants, ni la femme, ni la famille. Ils sont innocents. » Ce qui suscite son courroux ? Les propos polémiques RTNC tenus par le journaliste Yves Abdallah Makanga, dont l’écho toxique résonne bien au-delà des studios de la télévision nationale.
Lors d’une émission sur la Radio Télévision Nationale Congolaise, Makanga a en effet franchi une ligne rouge. S’adressant aux Congolais de la diaspora, il a explicitement appelé à s’en prendre à l’épouse et aux filles de l’ancien président de la CENI, Corneille Nangaa, vivant au Canada. « À Goma, on viole, tandis que ses enfants vivent tranquillement au Canada. Donc, on peut aussi violer la fille de Nangaa au Canada », a-t-il lancé, des mots d’une violence inouïe pour un plateau télévisé. Une incitation violence journaliste RDC flagrante, qu’il a ensuite tenté de minimiser en se présentant comme un « simple citoyen » et non comme un acteur politique. Une distinction qui sonne creux face à la gravité des mots prononcés.
L’onde de choc a été immédiate. Sur les réseaux sociaux et dans les rues de Kinshasa, l’indignation est palpable. Comment un professionnel des médias peut-il tenir un tel discours ? La question hante les esprits. À Mont Ngafula, Joséphine Kakese, informaticienne, ne mâche pas ses mots. « C’est vraiment grave. On doit s’en prendre à Corneille Nangaa, pas à sa famille. Ce genre de discours peut provoquer des révoltes. Certaines personnes, surtout à l’étranger, peuvent passer à l’acte », craint-elle, pointant du doigt le danger réel que font peser de telles déclarations sur la Corneille Nangaa famille. Un sentiment partagé par un couple rencontré dans la même commune, pour qui la faute est individuelle et les proches doivent être protégés, non menacés.
« C’est inconcevable pour quelqu’un qui se réclame de la presse officielle. Ce qu’il a dit à la télévision nationale est un appel à la haine et une incitation au crime, puni par le droit national et international. Un journaliste ne peut pas appeler à la violence. Il doit être sanctionné », insiste Chanchan Mutupa, journaliste à Educ TV.
Ce dernier rappelle d’ailleurs que ce n’est pas la première fois que Yves Abdallah Makanga est au cœur d’une tempête médiatique pour des propos controversés, ayant déjà été suspendu de la RTNC par le passé. Les réactions Kinshasa déclarations Makanga interrogent ainsi sur l’impunité et la responsabilité éditoriale. Où s’arrête la liberté d’expression ? Où commence l’appel au crime ? Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) et l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC) sont-ils suffisamment vigilants ?
Le cœur du problème dépasse la simple polémique. Ces propos, diffusés sur une chaîne d’État, véhiculent un message terrible : la violence contre des civils innocents serait une réponse légitime à des griefs politiques. Ils attisent les braises de la haine et banalisent l’idée insupportable que les femmes et les enfants puissent être des cibles de représailles. Dans un pays déjà meurtri par des conflits et des violences, un tel langage de la part d’une figure médiatique est une trahison du rôle fondamental du journalisme : informer, non enflammer.
La société congolaise est-elle condamnée à entendre ce genre d’appels à la vengeance ? Le débat public mérite-t-il d’être pollué par de telles dérives ? Les réactions Kinshasa déclarations Makanga montrent une population majoritairement choquée et consciente du danger. Elles révèlent aussi une attente forte envers les institutions de régulation pour faire respecter l’éthique et la loi. L’enjeu est de taille : préserver le tissu social et affirmer que, dans une démocratie, la critique et la recherche de justice ne passent jamais par la menace contre les familles. L’affaire Makanga doit servir d’électrochoc pour un réexamen collectif des limites à ne jamais franchir dans le discours public.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
