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Pascal Isumbisho Mwapu à Ndolo : la détention arbitraire, nouvelle arme politique en RDC ?

Le transfert du professeur Pascal Isumbisho Mwapu vers l’univers carcéral le plus symbolique de la capitale congolaise, la prison militaire de Ndolo, n’est pas un simple fait divers judiciaire. Cette décision, intervenue ce jeudi 8 janvier après quatre mois passés dans les locaux du Conseil national de cyberdéfense (CNC), ressemble à un coup de poker politique dont les implications pourraient redessiner les rapports de force au sein de l’échiquier oppositionnel. Le conseiller politique d’Augustin Matata Ponyo, figure éminente de la mouvance LGD et Alliés, voit ainsi son dossier basculer dans le domaine militaire, une évolution lourde de sens dans un contexte où les accusations de « collaboration avec les rebelles de l’AFC/M23 » fusent. Mais ces charges, qualifiées d’« infondées et politiquement motivées » par ses proches, résisteront-elles à l’épreuve d’un procès équitable ?

La lecture du communiqué du regroupement LGD et Alliés, daté du 9 janvier, ne laisse planer aucun doute sur leur analyse : ils dénoncent un acte de « harcèlement politique » et une « instrumentalisation de la justice » à des fins de « répression des voix critiques ». Le ton est à la dénonciation frontale d’une détention arbitraire en RDC qui, selon eux, viole les principes élémentaires de l’État de droit. « Quatre mois de détention arbitraire et illégale » résument, à leurs yeux, l’ensemble du traitement réservé à leur membre fondateur depuis son interpellation le 9 septembre 2025. L’exigence de « libération immédiate et sans condition » du professeur Pascal Isumbisho Mwapu sonne comme un ultimatum lancé aux autorités, doublé d’un appel à la mobilisation de la communauté nationale et internationale. Cette stratégie de judiciarisation du débat politique est-elle en train de devenir la norme pour museler l’opposition politique en RDC ?

La réponse semble se dessiner à l’ombre des hauts murs de la prison militaire Ndolo. Le transfert vers ce lieu n’est jamais anodin ; il signale une volonté de durcir le traitement pénal et de placer l’affaire sous le sceau de la sécurité de l’État. Cette manœuvre envoie un signal fort, voire intimidant, à l’ensemble des acteurs politiques en dissidence. En criminalisant le lien supposé avec des groupes armés, le pouvoir en place joue sur la corde sensible de la souveraineté nationale et de la lutte contre le terrorisme. Un terrain glissant où la frontière entre raison d’État et abus d’autorité devient souvent imperceptible. Le risque, pour l’exécutif, est de voir cette affaire se transformer en épine dorsale d’une contestation unifiée, capable de fédérer au-delà des clivages traditionnels.

Car le timing de cette escalade est éloquent. Il intervient au cœur d’une période de profonde recomposition des forces d’opposition, marquée par le lancement retentissant de la plateforme « Sauvons la République démocratique du Congo ». Placée sous le patronage de l’ancien président Joseph Kabila, cette nouvelle coalition rassemble des poids lourds comme Augustin Matata Ponyo – dont Isumbisho est justement le conseiller –, Franck Diongo, Seth Kikuni ou André Claudel Lubaya. Leur diagnostic commun ? L’existence d’une crise politique et sécuritaire aiguë nécessitant des actions communes pour une réconciliation nationale. Dans ce paysage en mutation, la détention d’un proche collaborateur d’un des leaders de cette alliance ressemble à un test de résistance, une manière de jauger la capacité de réaction et la solidité des nouveaux liens qui se tissent.

LGD et Alliés, en montant au créneau avec une telle virulence, assume pleinement son rôle de détonateur. Le regroupement ne se contente pas de défendre un de ses membres ; il dépeint un schéma systémique de répression. En exigeant le « respect des droits de la défense » et la « fin des détentions arbitraires », il place le débat sur le terrain des valeurs démocratiques universelles, un terrain où la légitimité du pouvoir peut être mise en cause sur la scène internationale. Cette affaire Isumbisho pourrait ainsi cristalliser un mécontentement plus large et servir de catalyseur à une opposition qui cherche encore son second souffle. La balle est désormais dans le camp de la justice militaire. Saura-t-elle conduire une instruction indépendante et transparente, ou son verdict sera-t-il perçu, à l’avance, comme un acte politique ? La crédibilité des institutions congolaises est, une fois de plus, sur la sellette.

À l’heure où la nouvelle plateforme d’opposition tente de définir ses modes d’action, le sort du professeur Pascal Isumbisho Mwapu devient un symbole. Sa libération pourrait être interprétée comme une retraite stratégique du pouvoir, tandis que son maintien en détention, surtout à Ndolo, alimenterait le récit d’un régime arc-bouté sur des méthodes autoritaires. Dans les deux cas, l’équilibre politique s’en trouverait modifié. Les prochains jours seront décisifs pour savoir si les autorités congolaises choisissent la voie du dialogue judiciaire apaisé ou celle de la confrontation, avec tous les risques d’instabilité que cette dernière comporte. Le jeu est complexe, et les pions avancés sur l’échiquier politique congolais n’ont pas fini de surprendre.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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