Un agent de la Police nationale congolaise (PNC) comparait ce lundi 12 janvier 2026 devant le tribunal militaire de garnison du camp Kabila, à Kinshasa. La procédure de flagrance a été retenue contre lui suite à la diffusion d’une vidéo virale en RDC où il est clairement identifié. Dans cette séquence devenue embarrassante pour l’institution, le policier congolais est filmé en train d’entonner, avec plusieurs collègues, une chanson en lingala dont les paroles sont sans équivoque.
« Zwa ye tshombo tika ye akende », peut-on entendre, une phrase traduite par « arrache le téléphone et laisse-le partir ». Cette incitation directe au racket des civils a provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux et dans l’opinion publique. La scène, vraisemblablement filmée devant un poste de police dans la capitale, soulève de graves questions sur les pratiques de certains éléments au sein des forces de l’ordre. Comment de tels comportements peuvent-ils encore exister alors que les autorités promettent une réforme en profondeur ?
La réaction des plus hautes sphères de l’État ne s’est pas fait attendre. Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a fermement dénoncé ces « actes barbares et isolés susceptibles de ternir l’image de la Police nationale congolaise ». Il a réaffirmé, dans un communiqué, la détermination « sans équivoque » du gouvernement à sanctionner sévèrement de tels agissements. L’interpellation rapide du principal mis en cause et son renvoi devant la justice en procédure accélérée semblent vouloir illustrer cette fermeté affichée.
Ce procès en flagrance à Kinshasa s’inscrit dans un contexte sécuritaire plus large, marqué par la campagne « opération Ndobo ». Lancée en décembre 2024 pour assainir les villes, cette vaste opération de sécurité a déjà conduit à l’arrestation de 8.057 personnes à l’échelle nationale en l’espace de douze mois. La capitale, Kinshasa, concentre à elle seule 7.161 interpellations, soit près de 89% du total. Les autorités communiquent régulièrement sur ces chiffres pour démontrer l’efficacité de leur action contre la délinquance.
La dernière phase en date, une descente policière menée le 1er janvier 2026, a permis l’interpellation de 424 présumés criminels dans différents quartiers de Kinshasa. L’opération Ndobo, initialement focalisée sur la capitale, est désormais déployée dans dix provinces du pays. Le ministère de l’Intérieur a donné des instructions pour renforcer les patrouilles et les actions de terrain, avec pour objectif affiché de « consolider les acquis » de cette campagne sécuritaire.
Parallèlement à ces opérations d’envergure, la justice se mobilise pour traiter les dossiers en temps réel. Les audiences foraines contre les bandits urbains interpellés lors des opérations de fin d’année ont ainsi débuté. Dimanche, à Kinshasa, 207 suspects ont été présentés devant les tribunaux de garnison de Matete et de Ndjili. Ces juridictions militaires délocalisées permettent un jugement rapide des individus arrêtés en flagrant délit, une procédure similaire à celle appliquée au policier de la vidéo virale.
Le cas de ce fonctionnaire déviant pose néanmoins un défi particulier. Il ne s’agit plus de traquer des criminels, mais de purger les rangs de ceux qui sont censés les combattre. L’audience foraine de ce lundi au camp Kabila est donc scrutée avec attention. Elle représente un test pour la crédibilité de la PNC et de la justice militaire. Une sanction exemplaire est-elle à prévoir pour restaurer la confiance des citoyens ? La réponse judiciaire est attendue dans les plus brefs délais.
Le bilan de l’opération Ndobo, bien que numériquement impressionnant, pourrait être éclipsé par ce genre de dérives si elles ne sont pas systématiquement et sévèrement réprimées. La lutte contre l’insécurité passe aussi par une lutte interne contre la corruption et les abus. Les instructions du ministère de l’Intérieur concernant le renforcement des patrouilles devront s’accompagner d’un contrôle renforcé de l’éthique et de la discipline au sein du corps. L’affaire du policier congolais filmé en train d’inciter au racket est un rappel brutal que le combat pour la sécurité est aussi un combat pour l’intégrité des institutions.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
