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Conférence des gouverneurs au Kwilu : entre avancées annoncées et retards béants sur le terrain

Les projecteurs de la décentralisation congolaise se braquent à nouveau sur Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, où la 13e session de la Conférence des gouverneurs des provinces tente de sortir de l’ornière des reports successifs. Une nouvelle date, encore tenue sous le sceau du secret, vient d’être proposée par le gouvernement, sur la foi d’un rapport faisant état d’« avancées significatives » dans les préparatifs. Cette annonce, faite par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, en Conseil des ministres, soulève autant d’espoirs que de questions sur la capacité de l’État à tenir ses engagements envers les provinces. Le thème ambitieux de cette édition – la transformation du secteur agricole et pastoral – contraste singulièrement avec les difficultés matérielles rencontrées pour simplement réunir les principaux acteurs de la décentralisation.

Le report initial, de décembre 2024, avait été justifié par la nécessité de parachever les préparatifs de la conférence. Une mission interinstitutionnelle dépêchée sur place a, selon le compte rendu gouvernemental, constaté des progrès tout en suggérant une nouvelle date. Cette formulation diplomatique masque mal la réalité du terrain à Bandundu, où les infrastructures provinciales dédiées à l’événement peinent à voir le jour. Deux chapiteaux destinés à abriter les travaux sont en retard : l’un attend un coulage de béton, l’autre l’aplanissement de son terrain. L’avenue Kwango, promise bétonnée sur 12 kilomètres, n’a à ce jour reçu aucune couche de ciment, et ses caniveaux ne sont qu’à moitié réalisés.

Le chantier le plus symbolique des défis logistiques reste la réhabilitation de l’aéroport de Bandundu. Confiée à l’Office des routes, cette opération cruciale pour l’acheminement des délégations accuse un retard considérable. Sur les 6400 m² de tarmac prévus, à peine 900 m² ont été réalisés, en raison de difficultés d’accès aux matériaux, des intempéries et de méthodes de travail manuelles. Comment, dans ces conditions, assurer la logistique d’un événement de cette envergure ? L’affirmation des responsables selon laquelle le tarmac serait prêt « avant l’ouverture des assises » relève-t-elle de la confidence technique ou du vœu pieux ? Ces retards concrets interrogent la sincérité de l’engagement de Kinshasa envers sa propre politique de décentralisation.

Institution constitutionnelle consacrée par l’article 200 de la Loi fondamentale, la Conférence des gouverneurs est pourtant un pilier du dialogue entre le centre et les périphéries. Elle incarne les principes de libre administration des provinces et de gestion autonome de leurs ressources. Son caractère itinérant, prévu par le règlement intérieur, a précisément pour objet de « rapprocher le pouvoir central des réalités locales ». Force est de constater que la réalité locale du Kwilu, en l’occurrence l’état de ses infrastructures d’accueil, semble aujourd’hui éloigner le pouvoir central plus qu’elle ne le rapproche. Ce report à Bandundu ne risque-t-il pas d’être perçu comme un symptôme de la frilosité de l’État à véritablement partager le pouvoir et les moyens avec les entités décentralisées ?

Politiquement, le gouvernement joue un jeu subtil. D’un côté, il affiche sa volonté de respecter le calendrier et l’esprit de la décentralisation en maintenant la tenue de la conférence à Bandundu, dans une province issue du démembrement de l’ancien Bandundu. De l’autre, les retards accumulés pourraient servir de prétexte à un report sine die ou à un changement de lieu, au titre de la « force majeure » prévue par les textes. Un tel scénario serait un camouflet pour la province hôte et enverrait un signal désastreux quant à la priorité accordée au dialogue interprovincial. Le thème central sur l’agriculture et la connexion aux marchés urbains, s’il est traité sérieusement, pourrait pourtant apporter des réponses concrètes aux attentes des populations rurales, majoritaires dans le pays.

À quelques semaines – ou mois – de la tenue potentielle de cette 13e session, les prochains jours seront décisifs. La crédibilité de l’instance et, au-delà, celle de la décentralisation congolaise, se jouent sur le tarmac inachevé de l’aéroport de Bandundu et sur le béton absent de l’avenue Kwango. Le pouvoir central parviendra-t-il à mobiliser les ressources nécessaires pour honorer sa parole ? Ou bien le report de Bandundu deviendra-t-il la métaphore d’une décentralisation enlisée, où les grandes déclarations butent systématiquement sur l’écueil des réalisations pratiques ? La balle est désormais dans le camp des organisateurs, sous le regard vigilant des gouverneurs et d’une opinion publique provinciale de plus en plus exigeante.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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