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Interdiction des escortes en RDC : le décret de Shabani ignoré, l’impunité sonne toujours à Kinshasa

La décision semblait pourtant claire, solennelle, inscrite dans le marbre réglementaire. Le 9 décembre 2025, le ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, brandissait un décret d’interdiction censé mettre un terme aux excès les plus visibles d’un système de privilèges insupportable pour la population. L’objectif affiché ? Proscrire l’utilisation abusive des escortes motorisées, des gyrophares aveuglants, des sirènes stridentes et des feux multicolores par les véhicules privés, les gardes domiciliaires et les « rapprochés » sur toute l’étendue du territoire national. Un geste politique fort, une réponse à un mécontentement populaire crescendo. Pourtant, plusieurs mois après cette annonce, un constat s’impose : le décret D/2016/146/PRG/SGG du 5 mai 2016, qui régit déjà strictement ces usages, et sa récente réaffirmation, semblent se heurter à un mur d’impunité bien plus résistant que les embouteillages monstres de Kinshasa.

Que vaut une loi si elle n’est pas appliquée ? Cette question rhétorique résume le paradoxe congolais actuel. Sur le terrain, les investigations révèlent une réalité inchangée, voire cynique. Des cortèges de véhicules privés, arborant des dispositifs réservés aux plus hautes autorités de l’État – le Président de la République, le Premier ministre, les ministres en mission officielle –, continuent de sillonner les artères de la capitale. Leurs sirènes hurlantes ne signalent aucune urgence d’intérêt général, mais bien la précipitation ou simplement l’arrogance de leurs occupants. Gardes du corps, membres de familles étendues de dignitaires, ou simples « rapprochés » bénéficiant d’une protection rémunérée, tous semblent s’être accordés une immunité sonore et visuelle. Le ministre Shabani joue-t-il gros avec cette réforme symbolique, dont l’échec patent pourrait durablement fragiliser la crédibilité de son portefeuille, pourtant central pour l’ordre public ?

L’impact sur le quotidien des Kinois est tangible et alimente un profond ressentiment. Les abus de sirènes sur les véhicules privés transforment des trajets déjà chaotiques en épreuves de force. À la bifurcation de Kintambo ou sur le boulevard du 30 Juin, le passage d’un tel cortège, souvent escorté par des policiers ou militaires en tenue mais agissant à titre privé, provoque un chaos amplifié. La priorité est exigée, brutale, même en l’absence de tout motif légitime. Ces « rapprochés », seuls dans leur 4×4 climatisé, commettent des actes intolérables sous le regard impuissant des autres usagers. Le prétexte est toujours le même, murmuré ou hurlé : « On ne nous fera plus rien. » Cette phrase, devenue leitmotiv de l’impunité, résume l’écart abyssal entre le droit écrit et les pratiques de terrain. La population, excédée par ces tracasseries quotidiennes, pointe du doigt cette caste qui s’est octroyé le droit de bafouer la loi au nom de sa proximité avec le pouvoir.

L’interdiction des escortes en RDC, telle que décrétée par le ministère de l’Intérieur, était-elle donc un vœu pieux ? La décision du ministre Shabani, si elle était pleinement appliquée, représenterait un premier pas significatif vers un rééquilibrage des rapports entre l’État et ses citoyens. Elle signifierait que la République n’a qu’une seule loi, et non une pour les puissants et une autre pour le peuple. Or, la persistance des gyrophares abusifs à Kinshasa démontre que des réseaux d’intérêts et des habitudes ancrées résistent farouchement. Cette inertie interroge sur la capacité réelle de l’exécutif à imposer sa volonté à ses propres rangs, à commencer par les forces de sécurité dont certains éléments monnayent ou offrent ces services de protection illégaux.

La balle est désormais dans le camp du vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur. La population mécontente des escortes illégales l’invite, avec une ironie mordante, à « revisser sa décision ». Sous-entendu : à la serrer pour qu’elle tienne, à lui donner les moyens de sa mise en œuvre. Il ne s’agit plus d’une simple circulaire, mais d’un test de légitimité. Le prochain enjeu est clair : passera-t-on de l’annonce spectaculaire à l’action concrète ? Des contrôles stricts, des sanctions exemplaires – commençant par la confiscation des dispositifs illicites et des poursuites contre leurs utilisateurs – et une clarification publique des seules autorités habilitées pourraient seuls redonner du sens à cette interdiction. Sans cela, le décret du 9 décembre 2025 rejoindra le long catalogue des bonnes intentions sans suite, et le fossé entre la gouvernance proclamée et la réalité vécue par les Congolais s’élargira un peu plus. La crédibilité de l’État est au bout de la sirène qu’il parvient, ou non, à faire taire.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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