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RDC : Judith Suminwa serre la vis sur la communication gouvernementale après de nouveaux écarts

La discipline de la communication gouvernementale en République démocratique du Congo est-elle en train de devenir le nouveau champ de bataille de l’exécutif ? La question se pose avec acuité après l’intervention remarquée de la Première ministre, Judith Suminwa, lors du dernier Conseil des ministres. Réagissant à la sortie médiatique jugée non concertée de Muhindo Nzangi, ministre d’État de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, la cheffe du gouvernement a procédé à un rappel à l’ordre ferme, soulignant l’impératif d’une parole d’État unie et maîtrisée.

Cet incident, survenu dans le sillage de la sanction infligée au général-major Sylvain Ekenge, ancien porte-parole des FARDC, révèle une préoccupation constante au sommet de l’État : le contrôle de la narration officielle. En convoquant l’autorité des « instructions présidentielles », Judith Suminwa n’a pas seulement administré une leçon de protocolе ; elle a réaffirmé un principe cardinal de la communication gouvernementale RDC. La parole gouvernementale, a-t-elle martelé, ne saurait être « improvisée ni mal maîtrisée », surtout lorsqu’elle touche aux domaines sensibles de la défense, de la sécurité ou de la cohésion sociale.

La réprimande publique, bien que formulée dans le huis clos du Conseil des ministres RDC, n’en est pas moins un signal politique fort. Elle met en lumière les tensions sous-jacentes au sein de la majorité et la volonté de la Primature d’imposer sa marque. Judith Suminwa, en rappelant les membres du gouvernement à l’ordre, assume pleinement son rôle de coordinatrice de l’action gouvernementale. Mais au-delà du simple rappel des règles, son intervention interroge : le gouvernement est-il traversé par des courants contradictoires que la Primature tenterait de canaliser ?

Le compte rendu de la réunion est sans équivoque. Il stipule que toute communication sur des sujets sensibles doit désormais passer par un « mécanisme de concertation préalable », chapeauté par le ministre de la Communication et des Médias, en lien étroit avec les services de la Présidence et de la Primature. Ce dispositif, présenté comme une réponse systémique aux dérapages, vise à « prévenir tout risque de dérapage sécuritaire ou diplomatique ». En d’autres termes, il s’agit de verrouiller la parole d’État pour en faire un instrument de pouvoir cohérent et prévisible.

Cette centralisation accrue de la communication officielle ne s’est pas faite sans le soutien explicite du président Félix Tshisekedi. Le chef de l’État est, selon le compte rendu, intervenu en appui à sa Première ministre pour adresser une « mise en garde sévère » aux récalcitrants. Cette double admonestation, venant à la fois de la Primature et de la Présidence, constitue un front uni rarement affiché avec une telle force. Le message est clair : l’ère de la communication solo, source d’embarras et de contradictions, est révolue. Le président Tshisekedi joue gros sur ce terrain, car le laxisme en matière de communication gouvernementale RDC pourrait, à terme, entamer la crédibilité même de son administration.

Le nouveau cadre institutionnel imaginé est ambitieux. Il entend associer, sous l’égide du ministère de la Communication, le conseiller spécial du président en la matière, ainsi que les services de communication de la Présidence, de la Primature, de l’État-major des FARDC et de la Police nationale. Cette « task force » de la communication illustre la volonté de traiter la parole publique comme un enjeu de sécurité nationale. Toute sortie médiatique engageant l’image de l’État devra désormais obtenir son visa. Une bureaucratisation de la parole qui pose question : la recherche de la cohérence ne risque-t-elle pas d’étouffer la nécessaire réactivité du gouvernement face à l’actualité ?

L’affaire Ekenge, qui a servi de catalyseur à cette reprise en main, reste dans toutes les mémoires. Les propos controversés de l’ancien porte-parole militaire avaient exposé les failles d’un système de communication éclaté. La réaction du pouvoir, à travers la suspension du général et maintenant l’édiction de règles strictes, montre une prise de conscience des risques. La discipline communication est désormais érigée en dogme. Mais ce dogme pourra-t-il résister aux ambitions personnelles, aux rivalités de cabinets et à la complexité de la gestion d’une coalition gouvernementale ?

Le défi pour Judith Suminwa est de taille. Elle doit imposer cette nouvelle discipline communication sans créer de frustrations qui pourraient destabiliser l’équilibre gouvernemental. Son autorité, encore en construction, est mise à l’épreuve par cet épisode. La réussite de cette entreprise de normalisation sera un test décisif pour son leadership. Si elle parvient à imposer une ligne claire et respectée, elle renforcera considérablement la cohésion et l’efficacité du gouvernement. En revanche, un échec ou de nouvelles entorses publiques affaibliraient durablement son crédit et celui de l’exécutif tout entier.

À l’heure où la RDC fait face à des défis sécuritaires et diplomatiques majeurs, la maîtrise du discours officiel n’est pas une simple question de forme. Elle est un instrument de souveraineté. La leçon de rigueur administrée par Judith Suminwa et soutenue par Félix Tshisekedi marque peut-être un tournant dans la culture politique congolaise. Reste à voir si les acteurs, ministres et hauts responsables, intérioriseront cette exigence ou si les vieux démons de l’improvisation et de la parole non concertée ressurgiront, mettant en péril la fragile unité de façade que le pouvoir tente de construire.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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