Une décision administrative majeure secoue le haut commandement des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba a été désigné, à titre intérimaire, commandant du Service de communication et d’information des FARDC (SCIFA) et porte-parole par intérim des FARDC. Cette nomination fait suite à la suspension immédiate du général-major Sylvain Ekenge de ses fonctions de porte-parole de l’armée congolaise.
La mesure, officialisée par une note du chef d’état-major général des FARDC datée du 7 janvier et rendue publique ce jeudi, intervient dans un contexte de vives tensions. Le général-major Sylvain Ekenge a été suspendu pour des propos tenus sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC), jugés xénophobes et discriminatoires envers la communauté tutsie. Une sortie médiatique qui a provoqué un tollé bien au-delà des frontières congolaises.
Comment une déclaration d’un haut responsable militaire a-t-elle pu créer une telle onde de choc ? La question a même été inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres du vendredi 2 janvier, tenu à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa. Le porte-parole du gouvernement, lors de la lecture du compte rendu, a relayé la ferme réaction du président de la République, Félix Tshisekedi.
Le chef de l’État a rappelé avec force que la parole publique engage la crédibilité, l’autorité morale et la capacité de l’État à préserver la cohésion nationale. Il a formellement déploré des propos « méprisants et stigmatisants », estimant qu’ils étaient en complète contradiction avec les valeurs républicaines et l’éthique exigée d’une institution aussi sensible que l’armée. Le président Tshisekedi a approuvé les sanctions prises à l’encontre du général-major Sylvain Ekenge, tout en martelant un principe intangible : la parole de l’État « ne saurait être improvisée, émotionnelle ou approximative ».
Cette mise au point présidentielle est loin d’être anodine. Elle survient dans un environnement sécuritaire extrêmement tendu, où chaque parole peut avoir des répercussions démultipliées. Les déclarations litigieuses du maintenant ancien porte-parole des FARDC ont été rapidement reprises et instrumentalisées par certains responsables rwandais et par des cadres de la rébellion du M23. Dans le feu croisé des accusations entre Kinshasa et Kigali, et alors que des processus diplomatiques fragiles sont en cours à Washington et à Doha, la gestion de la communication d’État devient un enjeu stratégique majeur.
Face à cette crise de confiance, la désignation du lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba apparaît comme une réponse pragmatique. Mais qui est cet officier appelé à prendre les rênes de la communication des FARDC dans une période aussi délicate ? Jusqu’à cette nomination, Mak Hazukay Mongba était le commandant adjoint du SCIFA, chargé des opérations militaires et du renseignement. Depuis mai 2024, il occupait également le poste de directeur de la communication et de la sensibilisation pour le secteur opérationnel Sukola 1 Grand Nord et Front Nord, théâtre des opérations contre les groupes armés ADF et M23 dans les territoires de Beni et de Lubero, au Nord-Kivu.
Son profil allie expérience médiatique et connaissance approfondie du terrain. Diplômé de l’Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication (IFASIC) en 2008, l’officier n’est pas un novice dans l’art de la communication. Ancien journaliste reporter et directeur de l’audiovisuel au département d’information de l’état-major général des FARDC, il a intégré l’armée en 1988. Son parcours est jalonné de formations militaires au Maroc et en Chine, et il a notamment été responsable de la communication des opérations conjointes entre les FARDC et l’armée ougandaise (UPDF).
La tâche qui l’attend est immense. En tant que commandant intérimaire du Service de communication et d’information des FARDC et porte-parole par intérim, il devra non seulement restaurer la crédibilité de l’institution militaire, mais aussi naviguer dans le champ miné de la communication de crise. Son expérience du front, là où les combats font rage contre les groupes rebelles, sera un atout précieux pour donner une information précise et mesurée.
Cette affaire dépasse la simple sanction disciplinaire. Elle pose une question fondamentale : comment l’armée congolaise, pilier de la souveraineté nationale, peut-elle garantir une parole publique qui unit plutôt qu’elle ne divise, dans un pays confronté à des défis sécuritaires complexes ? La nomination du lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba est un premier pas. Les prochains communiqués des FARDC seront scrutés à la loupe, tant par la population congolaise que par les observateurs internationaux. La stabilisation de l’Est de la RDC passe aussi par une communication responsable et apaisée.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
