La province du Haut-Lomami est engluée dans une impasse institutionnelle sans précédent, depuis que son assemblée provinciale a opposé un veto cinglant au projet d’édit budgétaire pour l’exercice 2026. Ce rejet, intervenu lors de la plénière du 11 décembre dernier à Kamina, a immédiatement été interprété par les députés provinciaux comme un acte entraînant la démission de facto du gouvernement provincial. Une lecture littérale de la loi que l’exécutif, piloté par le gouverneur, se refuse à entériner, ouvrant ainsi une brèche politique dont les répercussions pourraient déstabiliser durablement la gestion de cette entité du sud-est de la République Démocratique du Congo.
Pour le bureau de l’assemblée, emmené par son rapporteur Senghor Kabondo Sengwa, la question ne souffre d’aucune ambiguïté juridique. Le rejet du budget, motivé par la présence de multiples irrégularités dans le document soumis, équivaut à une motion de défiance et oblige le gouvernement à se démettre. Dans une déclaration à l’emporte-pièce, le parlementaire a averti que toute dépense publique engagée depuis le 1er janvier, en l’absence de budget ou même d’ouverture de crédit provisoire, serait assimilable à un détournement. « Le monde entier doit savoir que toutes les dépenses seront considérées comme un détournement pur et simple », a-t-il tonné, signant une escalade verbale rare dans les annales politiques locales. Cette crise budgétaire au Haut-Lomami révèle-t-elle alors un dysfonctionnement profond ou une simple manœuvre de positionnement à l’approche d’échéances politiques ?
La réponse du gouverneur ne s’est pas fait attendre. Par un arrêté en date du 23 décembre, l’exécutif provincial a balayé d’un revers de main la décision des députés, estimant que le rejet était « sans motif valable ». Plus subtil, l’arrêté invoque une violation du moratoire édicté par le Président de la République, Félix Tshisekedi, suspendant les pétitions et motions dans les assemblées. En brandissant cet argument, le gouverneur place habilement le différend sous le sceau de l’insubordination à l’autorité centrale, alors que lui-même et son vice-gouverneur sont attendus à Kinshasa pour des consultations avec le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur. Cette invocation d’un ordre venu de la capitale est-elle une légitime défense institutionnelle ou un stratagème pour étouffer le contrôle démocratique local ?
Les implications de ce conflit entre l’assemblée et le gouverneur dépassent le simple cadre procédurier. Sans budget voté, la province du Haut-Lomami se dirige droit vers une paralysie financière. Le paiement des salaires, le fonctionnement des services publics et la poursuite des projets de développement sont désormais suspendus à une résolution de la crise, alimentant un mécontentement social latent. Dans les villes de Kalemie et Kamina, épicentres de cette actualité brûlante, l’inquiétude gronde face à ce blocage qui frappe une région déjà confrontée à des défis socio-économiques majeurs. Cette impasse illustre avec acuité les limites de la décentralisation congolaise lorsque les ambitions politiques prennent le pas sur l’intérêt général.
Sur le fond, la bataille est avant tout d’ordre constitutionnel. L’assemblée s’arc-boute sur l’article de la loi provinciale qui stipule la démission du gouvernement en cas de rejet du budget, tandis que l’exécutivo brandit le moratoire présidentiel comme une épée de Damoclès. Cette guerre d’interprétations masque mal un rapport de force plus prosaïque : qui, du législatif ou de l’exécutif, détient l’initiative politique dans le Haut-Lomami ? Le gouverneur, en se rendant à Kinshasa, mise sur un soutien hiérarchique pour contourner l’hostilité des députés. Ces derniers, en médiatisant la crise, espèrent forcer une capitulation en s’érigeant en gardiens intransigeants de la légalité. Un jeu dangereux où chaque camp semble prêt à sacrifier la stabilité de la province sur l’autel de ses intérêts.
Quelles portes de sortie reste-t-il ? Une médiation du gouvernement central paraît inévitable, d’autant que le ministre de l’Intérieur est déjà saisi du dossier. Cependant, le Président Tshisekedi, promoteur affiché d’une décentralisation effective, se trouve dans une position délicate. Intervenir directement reviendrait à court-circuiter les institutions locales, mais laisser pourrir la situation risque de crédibiliser l’idée d’une ingouvernabilité provinciale chronique. L’enjeu dépasse donc le simple rejet de l’édit budgétaire 2026 ; c’est la crédibilité même du modèle de gouvernance territoriale qui est mise à l’épreuve.
En dernière analyse, la crise au Haut-Lomami fonctionne comme un révélateur des tensions structurelles qui traversent la RDC. Elle pose une question fondamentale : les institutions provinciales sont-elles conçues pour coopérer ou pour s’affronter ? Alors que le gouverneur et les députés campent sur des positions inconciliables, la population, elle, est prise en otage d’une lutte de pouvoir stérile. Les prochains jours seront déterminants. Soit les acteurs trouvent un compromis dans l’intérêt du Haut-Lomami, soit la province s’enfonce dans une instabilité préjudiciable à son développement, offrant un fâcheux précédent pour les autres entités du pays.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
