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RDC : Tshisekedi ressuscite l’Ordre du Léopard de Mobutu, le MPZ applaudit

Dans un geste politique chargé de symbolisme historique, l’initiative présidentielle de restaurer l’Ordre national du Léopard suscite déjà les premiers échos favorables au sein de la classe politique congolaise. Le Mouvement du peuple pour le Zaïre (MPZ), par la voix de sa secrétaire nationale à la communication Miriam Ingesse, a publiquement salué cette décision de Félix Tshisekedi, y voyant bien plus qu’une simple mesure protocolaire. Cet acte, présenté comme une « sacralisation du pouvoir étatique », serait selon ses partisans le signal inaugural d’une « renaissance du Grand Congo ». Mais derrière cette adhésion affichée, se cachent des enjeux de mémoire, de légitimité et de recomposition politique qui dépassent largement le cadre des décorations honorifiques.

La lecture, le 31 décembre 2025, de l’ordonnance présidentielle instituant ce nouvel ordre national, s’apparente à une réhabilitation décomplexée d’un héritage controversé. En effet, l’Ordre national du Léopard trouve son origine dans l’ordonnance-loi du 24 mai 1966, promulguée sous l’ère Mobutu Sese Seko. En restaurant cette distinction, le pouvoir actuel opère un retour aux sources symboliques du Zaïre, un nom que le MPZ, justement, porte dans son intitulé. La manœuvre est-elle une simple reconnaissance historique ou une tentative subtile de séduire certaines franges nostalgiques ou attachées à une certaine idée de l’État fort ? La réponse du MPZ, mouvement qui se réclame explicitement de cette période, semble indiquer que le message a été parfaitement reçu et interprété.

L’aspect le plus technique, et sans doute le plus habile politiquement, de cette ordonnance réside dans ses clauses transitoires. Elle prévoit la réhabilitation des personnalités initialement honorées par Mobutu en 1966, tout en garantissant la conservation des grades pour les membres de l’Ordre national des héros nationaux Kabila-Lumumba. Ce savant équilibre permet au président Félix Tshisekedi de jouer sur deux tableaux : récupérer l’héritage mobutiste sans pour autant renier l’ère Kabila, dans laquelle son propre parcours politique a pris son essor. Cette opération de syncrétisme mémoriel vise-t-elle à apaiser les tensions entre différentes « familles » politiques congolaises ou, au contraire, à les réunir sous une bannière symbolique unique dont il serait l’ordonnateur ?

La restauration ordre national RDC opérée par Tshisekedi dépasse donc le simple cadre d’une politique des souvenirs. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de reconstruction d’une épine dorsale symbolique pour l’État. Après des décennies de conflits et de transitions chaotiques, le pouvoir cherche à réinstaurer des marqueurs de continuité et de prestige étatique. Le choix du léopard, animal emblématique, n’est pas anodin ; il renvoie à une puissance et une souveraineté que les différents régimes ont cherché à incarner, avec des fortunes diverses. En ressuscitant cet ordre, le président actuel tente de se placer dans une lignée de bâtisseurs d’État, tout en consolidant sa propre légitimité historique.

Néanmoins, cette initiative ne manquera pas de susciter des débats passionnés. La référence directe à l’ère Mobutu, associée à des répressions et à un autoritarisme dénoncés, peut heurter une partie de la population et de la classe politique. Le défi pour Félix Tshisekedi sera de réussir à détacher ce symbole de son contexte originel le plus sombre pour en faire un outil d’unité nationale tourné vers l’avenir. Le soutien rapide du MPZ montre qu’une partie du jeu politique se joue déjà sur ce terrain symbolique. La question reste de savoir si d’autres forces politiques emboîteront le pas ou si elles opposeront une résistance au nom d’une autre lecture de l’histoire congolaise.

En définitive, la restauration de l’Ordre national du Léopard est un coup politique à multiples facettes. Elle agit comme un test révélateur des sensibilités mémorielles et des alignements stratégiques au sein du paysage politique congolais. En déplaçant le débat sur le terrain des symboles et de la continuité historique, le président Tshisekedi cherche peut-être à forger un nouveau récit national, unifiant et fédérateur, dont il serait le pivot central. La réussite ou l’échec de cette manœuvre ne se mesurera pas aux seules cérémonies protocolaires, mais à sa capacité à réellement incarner une « renaissance » pour le Grand Congo, sans réveiller les vieux démons des divisions passées. Les prochains mois, et les réactions des autres acteurs majeurs de la scène politique, diront si ce pari symbolique se transforme en capital politique tangible.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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