Le bruit des seaux qui s’entrechoquait, les rires des enfants, les conversations du quotidien… puis un hurlement de moteur, un crissement de pneus, et le silence, pesant, coupé de pleurs déchirants. C’est ainsi qu’un simple vendredi matin s’est transformé en cauchemar sur le boulevard Wazabanga à Kikwit. « J’étais en train de remplir mon bidon, j’ai juste entendu un bruit terrible derrière moi. Quand je me suis retourné, c’était l’horreur. Des corps partout, le camion qui avait tout broyé sur son passage », raconte, la voix brisée, un témoin qui souhaite garder l’anonymat. La scène qu’il décrit est celle d’un accident Kikwit d’une violence inouïe, où un véhicule de type IVECO a littéralement fini sa course sur des habitants venus chercher l’eau essentielle à leur survie.
Le bilan est lourd, provisoire et tragique : au moins cinq vies fauchées et deux personnes grièvement blessées. Les victimes, pour la plupart, étaient concentrées autour d’un point d’eau, un forage de la REGIDESO. Comment une telle tragédie a-t-elle pu se produire en plein cœur de la ville ? Les premières informations évoquent une perte de contrôle du lourd véhicule. Mais où est passé le chauffeur ? Son absence, dès les premières minutes suivant le drame, a jeté de l’huile sur le feu d’une colère déjà palpable. La population, submergée par la douleur et l’incompréhension, a cédé à une rage collective, réduisant en cendres l’IVECO accidenté, comme pour exorciser la violence subie. Cette réaction, bien que condamnable, est le symptôme d’une frustration profonde. Jusqu’où l’impunité et l’inconséquence peuvent-elles mener sur nos routes ?
Les autorités locales, représentées par le bourgmestre de la commune de Nzinda, Serge Musila, se sont précipitées sur les lieux pour tenter d’apaiser les esprits. « Nous avons deux blessés graves qui ont été conduits à l’hôpital, et les autres corps ont été placés à la morgue. Les victimes se trouvaient près d’une borne-fontaine de la REGIDESO pour puiser de l’eau lorsque le véhicule a fini sa course sur elles », a-t-il déclaré, confirmant les circonstances macabres de l’accident. Il a immédiatement annoncé l’ouverture d’enquêtes pour retrouver à la fois le conducteur et le propriétaire du véhicule. Cette promesse d’une enquête accident Kikwit est cruciale pour rétablir un semblant de confiance. Mais suffira-t-elle à calmer une population qui enterre ses morts et qui, quotidiennement, risque sa vie pour un seau d’eau ?
Au-delà du choc immédiat, cet événement met en lumière des problématiques structurelles qui rongent la société congolaise. Pourquoi des familles entières doivent-elles se masser en bordure de route, sur un axe passant comme le boulevard Wazabanga, pour accéder à une ressource aussi basique que l’eau potable ? L’accident révèle la vulnérabilité extrême des plus précaires, contraints de mener leurs activités essentielles dans des zones de non-droit où la sécurité est un vain mot. Les morts forage REGIDESO ne sont pas seulement les victimes d’un chauffard ; elles sont, d’une certaine manière, les victimes d’un système qui les relègue en périphérie des services publics.
La colère qui a suivi, bien que destructrice, est un langage. Un langage de désespoir face à la récurrence des drames routiers souvent impunis, et face à l’indifférence perçue. Les enquêtes promises devront être rapides, transparentes et aboutir à des conclusions tangibles. La ville de Kikwit est en deuil, mais elle est aussi en attente. En attente de justice pour les familles décimées, et en attente d’actions concrètes pour sécuriser les points de vie communautaires et discipliner un parc automobile souvent incontrôlé. Le véritable hommage aux disparus ne sera pas seulement dans les mots, mais dans la capacité des autorités à transformer ce drame en levier pour des changements durables. La route, comme l’accès à l’eau, ne devrait jamais être un chemin de croix.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
