Le lundi 5 janvier 2026 s’annonce comme un jour particulier pour des millions de Congolais. Dans les bureaux de Kinshasa et les usines du Katanga, chez les vendeurs du marché de Matadi ou les instituteurs de Kisangani, une même question circule : que faire de ce jour de repos inattendu ? Le ministère du Travail RDC a en effet officialisé par communiqué le report du jour férié du 4 janvier au lundi suivant. Cette décision administrative, qui pourrait sembler anodine, touche en réalité à la fibre mémorielle et au quotidien économique de tout un pays.
« J’avais prévu de travailler ce lundi, mais finalement, je vais pouvoir emmener ma famille au mausolée des héros nationaux à N’sele », confie Jean-Bosco, mécanicien à Gombe. Son sentiment est partagé par beaucoup. Ce report du jour férié du 4 janvier, tombant un dimanche en 2026, offre une opportunité tangible de commémoration. Mais derrière cette journée chômée et payée se cache une réalité plus complexe. Comment les petites entreprises, souvent aux abois, vont-elles absorber ce coût ? Les travailleurs du secteur informel, majoritaires, bénéficieront-ils vraiment de cette pause rémunérée ?
La décision du ministère de l’Emploi et du Travail s’inscrit dans un cadre légal bien établi, mais elle résonne bien au-delà d’un simple ajustement calendaire. Elle concerne la commémoration du 4 janvier 1959, une date gravée dans la mémoire collective comme le point de départ des émeutes qui ont précipité la fin de la colonisation. Rappeler le sacrifice des martyrs de l’indépendance congolaise n’est pas qu’un devoir historique ; c’est un acte de reconnaissance envers ceux dont le sang a arrosé le chemin vers la souveraineté. Le report au 5 janvier 2026 permet ainsi à une nation entière de s’arrêter, collectivement, en milieu de semaine, pour un hommage qui ne soit pas noyé dans le repos dominical.
Pourtant, cette mesure ne fait pas que des heureux. Certains chefs d’entreprise, notamment dans le secteur privé, voient d’un mauvais œil cette journée d’activité perdue. « C’est un coup dur pour la productivité, surtout en début d’année », lâche sous couvert d’anonymat un gestionnaire d’une société de logistique. Le communiqué du ministère du Travail RDC est pourtant clair : seuls les services essentiels, comme la sécurité ou la santé, pourront maintenir une activité. Cette tension entre impératif commémoratif et réalité économique est le reflet d’un débat plus large sur le coût des jours fériés dans un pays en lutte pour son développement.
Mais au-delà des considérations économiques, que signifie vraiment cette journée du 5 janvier 2026 pour la jeune génération ? Pour beaucoup de Congolais nés après les années 80, les événements de 1959 peuvent sembler lointains. Ce report officiel est l’occasion, peut-être, de raviver la flamme du souvenir. Les écoles seront fermées, les médias vont en parler : un espace se crée pour la transmission. La commémoration des martyrs de l’indépendance risque-t-elle de se perdre dans un simple « weekend de trois jours » ou peut-elle devenir un moment pédagogique fort ? La réponse appartient à la société civile, aux familles, aux artistes et aux enseignants.
En décrétant ce lundi 5 janvier 2026 comme journée chômée et payée, les autorités font plus qu’appliquer un texte. Elles posent un jalon dans la construction permanente de l’identité nationale. Cette décision rappelle que l’indépendance ne s’est pas faite en un jour, et que son prix, payé en janvier 1959, mérite qu’on y consacre un jour ouvrable entier. Elle souligne également les progrès en matière de droit du travail, en garantissant le salaire des travailleurs pour un jour dédié au devoir de mémoire. Dans un pays où le présent est souvent tourmenté, se souvenir des luttes passées n’est pas une fuite en arrière, mais une source de force pour les combats à venir. Le 5 janvier 2026 ne sera donc pas qu’un lundi de repos, mais un test de la conscience historique d’une nation tout entière.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
