Dans un discours fleuve devant le Parlement réuni en congrès, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a dressé un constat sans appel de la déliquescence de la capitale congolaise, pointant du doigt une mauvaise gestion des déchets et les embouteillages monstres comme des défis de gouvernance majeurs. Trois semaines plus tard, la grisaille et l’immobilisme persistent sur le terrain, soulevant une question lancinante : l’exécutif provincial est-il sourd aux injonctions du chef de l’État, ou simplement impuissant ?
Le chef de l’État avait pourtant été on ne peut plus clair, transformant ce qui était perçu comme un désagrément urbain en un « véritable défi national ». Les risques sanitaires liés aux maladies hydriques, directement imputables aux caniveaux obstrués, étaient présentés comme un danger pour la vie des Kinois. Un diagnostic sévère qui devait, en théorie, enclencher une mobilisation générale et immédiate de l’autorité urbaine. Force est de constater que le « statu quo », pour reprendre les termes mêmes des observateurs, demeure la norme. Les artères principales de Kinshasa sont toujours des dépotoirs à ciel ouvert, et la circulation reste un calvaire quotidien. Cette inertie post-discours interroge sur la chaîne de commandement et l’efficacité de l’administration territoriale.
Le gouverneur de la ville, Daniel Bumba, se trouve ainsi sur la sellette. Ses initiatives, notamment la réhabilitation de certains axes, sont-elles à la hauteur de l’urgence décrétée par le Président ? Si la réfection de routes dans des communes périphériques est une action visible, elle semble répondre à une logique de travaux ponctuels plutôt qu’à un plan d’ensemble cohérent. Le cœur du message présidentiel visait les dysfonctionnements structurels : la salubrité, la fluidité du trafic, l’occupation anarchique de l’espace public. Or, sur ces fronts, l’action semble timorée, voire inexistante. Le boulevard Lumumba, vitrine de la capitale, ou l’avenue des Poids-Lourds, restent dans un état qui fait douter de la volonté politique de faire de Kinshasa une métropole moderne.
Cette situation n’est pas sans rappeler l’épisode des motocyclistes dans la Gombe, dont le Président avait demandé la restriction il y a plus de trois mois, sans résultat tangible. Un précédent qui alimente l’idée d’une déconnexion, ou pire, d’une forme de résistance passive au sein de l’appareil administratif. Le chef de l’État peut-il raisonnablement mener une bataille sur deux fronts aussi éloignés : sécuriser l’Est du pays et nettoyer sa propre capitale, si ses relais locaux ne passent pas à l’acte ? La question mérite d’être posée, car elle touche au cœur de la capacité de l’État à se faire obéir.
La comparaison avec d’autres capitales africaines, comme Cotonou ou Ouagadougou, engagées dans une « guerre » de l’embellissement et de la qualité de vie, est cruelle pour Kinshasa. Ces villes démontrent qu’une volonté politique ferme, traduite en actions concrètes et continues, peut transformer l’espace urbain. Qu’est-ce qui manque donc à l’autorité urbaine kinoise ? Les compétences techniques existent. Les financements, bien que toujours sujets à débat, ne semblent pas être l’unique obstacle. Ne s’agit-il pas, en définitive, d’une question de priorité et de courage politique ? Planter de la pelouse, curer les caniveaux, réglementer le commerce informel sur les trottoirs : ces actions ne relèvent pas de la haute technologie, mais d’une administration présente et déterminée.
Le « programme d’urgence » esquissé par Félix Tshisekedi dans son discours est clair. Il attend désormais une traduction opérationnelle. Le temps des constats est révolu ; celui de l’action coordonnée est impératif. Le gouverneur Daniel Bumba joue ici sa crédibilité. Soit il saisit la balle au bond et impulse un changement visible qui redonnera aux Kinois fierté et sécurité, soit il confirmera l’image d’une gouvernance urbaine à la traîne, incapable de répondre aux attentes les plus basiques de ses administrés et aux directives les plus pressantes de son président. L’enjeu dépasse l’anecdote ; il s’agit de la capacité de l’État congolais à incarner l’autorité et le service public jusque dans le quotidien de sa capitale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
