La chaleur est étouffante, l’air immobile, saturé de fumées d’échappement. Dans son taxi coincé depuis près de deux heures sur l’axe principal, Jean Kabasele, enseignant, essuie la transpiration sur son front. « Je suis parti de chez moi à 6h30 pour être à l’église à 8h. Il est 9h et je suis toujours là, à regarder le même camion immobile. Comment veut-on que les gens vivent dignement ? » Sa voix trahit une frustration devenue quotidienne. Ce scénario, des milliers de Matadiens le vivent chaque jour, pris au piège d’embouteillages monstres à Matadi qui paralysent la capitale du Kongo Central et étouffent la vie de ses habitants.
Derrière cette paralysie urbaine se cache un cocktail de causes bien identifiées par les usagers et observateurs. La circulation à Matadi est d’abord victime de sa propre importance logistique. Le port, poumon économique de la région, génère un flux incessant de poids lourds qui envahissent les artères de la ville, conçues pour un trafic bien moins dense. Ces mastodontes se mêlent à un trafic automobile local en croissance, sans infrastructure adaptée. Pire, la chaussée est squattée. Vendeurs ambulants étalent leurs marchandises, transformant des voies entières en marché improvisé. Les taxis et motos-taxis effectuent des arrêts sauvages au gré des clients, créant des goulots d’étranglement spontanés. Face à ce chaos, la régulation fait cruellement défaut. « Où sont les agents pour fluidifier le trafic aux heures de pointe ? » s’interroge une commerçante, contrainte de fermer boutique plus tôt car ses employés n’arrivent jamais à l’heure.
Les conséquences de ces problèmes routiers en RDC, et particulièrement à Matadi, dépassent largement la simple perte de temps. C’est la santé mentale et physique des citoyens qui est mise à mal. Des heures passées dans un habitacle surchauffé, au bruit des klaxons incessants, génèrent un stress chronique. Les retards répétés aux emplois, aux rendez-vous médicaux ou aux lieux de culte deviennent source de conflits, de sanctions professionnelles et d’isolement social. Le tissu économique local en pâtit aussi : les livraisons sont retardées, les coûts de transport explosent, et la productivité s’effondre. Le transport portuaire à Matadi, censé être un atout, devient le cœur d’un problème urbain qui affecte jusqu’à la mobilité des piétons, obligés de slalomer entre les véhicules à l’arrêt, au péril de leur sécurité.
Alors, comment en est-on arrivé là ? L’analyse pointe du doigt un manque criant de planification urbaine et de volonté politique. La ville a grandi, son activité économique s’est intensifiée, mais sa voirie et sa gestion du trafic sont restées figées. L’occupation anarchique de l’espace public est tolérée, faute d’alternatives pour les petits vendeurs. La coordination entre les autorités portuaires, municipales et celles en charge des transports semble insuffisante pour anticiper et gérer les flux. Le trafic dans le Kongo Central est-il condamné à l’asphyxie ?
La situation actuelle n’est pourtant pas une fatalité. Elle constitue un défi urbain majeur qui appelle des réponses urgentes et coordonnées. Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer des mesures concrètes : la création de routes de contournement pour les camions, le réaménagement des marchés pour désengorger les voies, la mise en place d’un système de transport en commun efficace et la formation d’unités de police dédiées à la régulation du trafic. Il en va de la qualité de vie, de la santé économique et du bien-être social de toute une population. Les embouteillages à Matadi ne sont pas qu’un problème de voitures qui n’avancent pas. Ils sont le symptôme d’une ville à la croisée des chemins, qui doit choisir entre le chaos ou une réorganisation courageuse de son espace et de ses mobilités. L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action. Jusqu’à quand les Matadiens devront-ils sacrifier leurs heures, leur santé et leur paix sur l’autel d’une circulation ingérable ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
