Dans la pénombre solennelle de la cathédrale de Kinshasa, ce mercredi 24 décembre, les paroles du cardinal Fridolin Ambongo ont résonné avec la force d’une prophétie politique. Alors que la foule célébrait la naissance du Christ, symbole universel d’espoir, l’archevêque a détourné son homélie vers les réalités terrestres et conflictuelles de la République Démocratique du Congo. Son appel, lancé « avec insistance » à l’endroit de tous les acteurs socio-économiques et politiques, n’était pas une simple supplique, mais un véritable ultimatum spirituel : « choisissez la paix. Cessez de faire la guerre ». Dans un contexte où les discours de division et d’exclusion semblent monter en puissance, cet appel à la paix du prélat prend des allures de mise en garde publique adressée aux dirigeants.
Le cardinal n’a pas mâché ses mots pour qualifier la situation nationale, pointant du doigt une « crise de la paix » qui mine le pays. Cette formule, aussi simple que percutante, résume à elle seule l’impasse dans laquelle se débat la RDC. Fête-t-on vraiment la Nativité, semble-t-il demander, lorsque les ténèbres de la violence et de l’injustice obscurcissent l’horizon ? En liant explicitement la foi chrétienne à l’exigence de justice sociale, l’homme d’Église replace la responsabilité politique dans une dimension morale. Son message, diffusé lors de cette messe de Noël à Kinshasa, sert de miroir à une classe dirigeante dont les actions contredisent souvent les promesses de stabilité. Jusqu’où la stratégie du pourrissement peut-elle être poussée avant de faire basculer le pays dans l’irrémédiable ?
L’intervention du Cardinal Fridolin Ambongo ne survient pas dans un vacuum politique. Elle s’inscrit dans une tradition où l’Église catholique congolaise se pose en gardienne d’une certaine éthique publique et en médiatrice incontournable. En période de grande tension, sa parole pèse souvent plus lourd que bien des déclarations gouvernementales. En appelant à ne pas laisser la crise détourner l’espérance, car « l’espérance ne trompe pas », le cardinal joue subtilement sur deux tableaux : il offre un exutoire spirituel à une population lassée tout en adressant une critique voilée à ceux qui, par leur calcul ou leur inaction, entretiennent le chaos. La crise politique en RDC trouve-t-elle ses racines dans un déficit de volonté ou dans une surabondance d’ambitions personnelles au détriment de l’intérêt général ?
Derrière les exhortations à la concorde se cache une analyse fine des rapports de force. En convoquant les « acteurs sociaux et politiques » dans un même souffle, le prélat reconnaît implicitement que la quête de paix en RDC ne peut être l’affaire du seul pouvoir en place. Elle nécessite un engagement collectif, une volonté de dépasser les clivages et les intérêts catégoriels. Cet appel résonne comme un avertissement : la paix n’est pas un état de grâce qui tombe du ciel, mais un choix politique courageux et concret. Les élites congolaises sauront-elles entendre ce rappel à l’ordre, ou préféreront-elles continuer à jouer avec le feu des divisions, au risque de tout embraser ? L’histoire récente du pays montre que les occasions manquées se paient au prix fort.
La conclusion de l’homélie, tournée vers l’avenir et l’espérance, n’est pas pour autant un vœu pieux. Elle esquisse les contours des prochains enjeux nationaux. Si la crise politique actuelle est bien une « crise de la paix », alors sa résolution passe nécessairement par un réengagement des fondements du pacte social. L’appel du cardinal place la balle dans le camp des décideurs. Leur réponse, ou leur silence, sera lourde de signification. Dans les prochains mois, à l’approche d’échéances électorales cruciales, la capacité des leaders à « choisir la paix » sera le véritable test de leur légitimité. Le message de Noël de Cardinal Ambongo restera alors comme le benchmark contre lequel leur action sera mesurée. La nation attend, entre espoir et défiance, que les ténèbres reculent enfin.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
