Une opération de sécurité menée ce mardi 16 décembre à Kirungu, dans la province du Tanganyika, a violemment secoué le pré-carré de l’opposition politique congolaise. Le député national Christian Mwando, élu de Moba, a vu sa résidence faire l’objet d’une perquisition conjointe par les agents de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR), des services de renseignement militaires, de la Police nationale congolaise (PNC) et des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Dans un communiqué véhément, l’élu a dénoncé une violation flagrante de ses immunités parlementaires, un sacro-saint principe constitutionnel qui semble s’effriter face à la pression sécuritaire. Ce membre de l’opposition exige des éclaircissements immédiats, une demande qui résonne dans un climat politique déjà extrêmement tendu.
Cette action contre le député Christian Mwando n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une séquence inquiétante pour les leaders de l’opposition politique en RDC. Au même moment, à Kinshasa, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) tirait la sonnette d’alarme concernant « l’enlèvement » de son secrétaire permanent, Emmanuel Ramazani Shadary. Selon les déclarations de Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du parti, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018 a été extrait de son domicile aux aurores, vers 4 heures du matin, par des hommes en uniforme pour une destination inconnue. Shadary, tout comme d’autres figures telles qu’Aubin Minaku et Ferdinand Kambere lui-même, est visé par une convocation de la justice militaire pour des soupçons de complicité avec le mouvement rebelle AFC/M23. La simultanéité de ces événements interroge : s’agit-il d’une coïncidence ou d’une stratégie coordonnée de pression sur les dissidents politiques ?
Le pouvoir en place joue-t-il un jeu dangereux en bafouant les protections accordées aux représentants de la Nation ? La perquisition au domicile d’un parlementaire, sans le respect des procédures légales impliquant la levée préalable de son immunité par l’Assemblée nationale, crée un précédent lourd de conséquences. Elle envoie un message glaçant à toute la classe politique : aucune position élective ne serait plus un bouclier suffisant. Cette opération de l’ANR et des services conjoints dans le Tanganyika pourrait bien être le coup d’envoi d’une vaste campagne de musellement. En fragilisant ainsi l’institution parlementaire, le pouvoir exécutif ne prend-il pas le risque de saper les fondements déjà chancelants de l’État de droit ?
Cette escalade répressive ne surprend guère les observateurs avertis. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund, ne cesse de dénoncer ce qu’il qualifie de « dérives autoritaires » du régime. Ses accusations trouvent un écho retentissant après la répression, la veille, lundi 15 décembre, d’une manifestation organisée par sa formation politique. La synchronicité entre la dispersion violente d’une marche, l’enlèvement d’un leader historique du PPRD et la violation de l’immunité d’un député d’une province reculée dessine les contours d’une offensive tous azimuts. L’opposition politique en RDC est-elle en train de vivre sa heure la plus sombre, ciblée par un pouvoir décidé à éradiquer toute velléité de contestation, même légale ?
Les implications de ces actions dépassent le simple fait d’actualité. Elles touchent au cœur de l’équilibre des pouvoirs et à la crédibilité du processus démocratique congolais. En instrumentalisant les appareils judiciaire et sécuritaire – justice militaire, ANR, forces de défense – pour régler des comptes politiques, le gouvernement donne l’image d’un régime sur la défensive, prêt à sacrifier les libertés fondamentales pour se maintenir. La province du Tanganyika, souvent théâtre de tensions, devient le symbole de cette nouvelle frontière de la répression. La communauté nationale et internationale regarde désormais vers Kinshasa : comment les autorités justifieront-elles ces actes ? Une enquête indépendante et transparente sur la perquisition chez le député Christian Mwando et sur le sort de Ramazani Shadary sera-t-elle ordonnée, ou assistera-t-on à un enfoncement dans le déni ?
La suite des événements est plus qu’incertaine. Ces incidents risquent de polariser davantage le paysage politique, de radicaliser les discours et d’éloigner toute perspective de dialogue national. La balle est désormais dans le camp des institutions – la présidence de l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle – qui ont le devoir de rappeler à l’exécutif les limites fixées par la Constitution. Le prochain enjeu sera la réaction du bureau de l’Assemblée nationale et de la conférence des présidents des groupes parlementaires. Resteront-ils silencieux face à cette atteinte directe à l’un des leurs, ou se dresseront-ils pour défendre l’intégrité du Parlement ? La crédibilité de toute la classe politique est en jeu dans cette affaire qui dépasse la simple personne du député Mwando. Elle engage l’avenir même de la démocratie représentative en République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
