La Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a annoncé avoir facilité, depuis le début de l’année, le rapatriement de plus de 80 anciens combattants étrangers affiliés aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et de plus de 127 personnes à leur charge vers le Rwanda. Cette opération, coordonnée avec la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration, intervient dans un contexte de relance des efforts diplomatiques pour une paix durable dans l’est de la RDC.
Les FDLR, un groupe armé essentiellement composé de Hutus rwandais, sont considérés par Kigali comme une force génocidaire résiduelle et une menace pour la sécurité nationale. Leur présence en République démocratique du Congo a longtemps alimenté les tensions entre la RDC et le Rwanda, servant de prétexte à des interventions et soutiens à des mouvements rebelles. Le rapatriement de ces anciens combattants s’inscrit donc dans une logique de désamorçage d’un abcès de fixation régional.
Dans son briefing au Conseil de sécurité des Nations unies, Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, a détaillé les actions de la MONUSCO. « Déterminée à mettre à profit ses capacités et son expertise pour appuyer les efforts de paix en cours, la MONUSCO a également intensifié ses efforts pour soutenir le désarmement et le rapatriement à Masisi, Walikale et Rutshuru », a-t-il déclaré. Ces zones, en proie à l’instabilité, sont des fiefs historiques des FDLR. La Mission prévoit le déploiement de spécialistes du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration (DDR) sur ses bases de Kiwanja et Kitchanga, situées en territoire contrôlé par l’Alliance des Forces Congolaises (AFC/M23), un autre groupe rebelle majeur.
L’opération de rapatriement s’appuie sur des infrastructures dédiées. Le camp de transit de Munigi, près de Goma, reste opérationnel, tandis qu’un nouveau site est en cours d’établissement à Sake. Ces installations sont cruciales pour assurer un processus ordonné et sécurisé, permettant aux ex-combattants et à leurs familles de quitter la RDC dans des conditions contrôlées.
Mais au-delà de l’aspect logistique, ce rapatriement prend une signification politique particulière. Il intervient alors que les regards sont tournés vers l’accord de Washington, signé en juin 2025 entre la RDC et le Rwanda. Ce traité vise à mettre fin à des décennies de conflit par proxy en prévoyant le retrait des troupes rwandaises du sol congolais et la cessation du soutien de Kinshasa aux FDLR. Jean-Pierre Lacroix a émis le vœu de voir le processus s’accélérer grâce à ces initiatives diplomatiques. « Les jours et les semaines à venir seront décisifs. Les efforts diplomatiques en cours offrent une voie claire vers un règlement politique durable », a-t-il souligné.
Cependant, l’équation de la paix dans les Grands Lacs reste complexe. L’accord de Washington n’inclut pas le principal groupe rebelle soutenu par le Rwanda, l’AFC/M23. Ce mouvement mène des négociations séparées avec le gouvernement congolais dans le cadre du processus de Doha, sous médiation qatarie. Cette dualité des pourparlers pose la question de leur coordination et de leur complémentarité. La communauté internationale peut-elle réussir à aligner toutes les parties prenantes sur une même feuille de route ?
La MONUSCO se positionne comme un acteur prêt à soutenir ces processus fragiles. Le Secrétaire général adjoint a rappelé que la Mission était préparée à contribuer à la surveillance et à l’observation d’un éventuel cessez-le-feu, si le Conseil de sécurité lui en confiait le mandat. « Le soutien aux efforts de paix en cours ainsi que la protection des civils, le désarmement et la démobilisation, le renforcement des institutions de sécurité et la surveillance des droits de l’homme devraient constituer le cœur du mandat de la Mission », a plaidé Lacroix. Il a encouragé le Conseil à renouveler le mandat de la MONUSCO en veillant à créer les conditions d’une mise en œuvre effective, notamment la liberté de circulation pour ses troupes.
Le rapatriement de ces anciens combattants FDLR est donc un signe encourageant, mais il ne représente qu’une pièce du puzzle. La persistance d’autres groupes armés, les intérêts économiques liés à l’exploitation des ressources naturelles et les profondes méfiances historiques entre les pays de la région continuent de nourrir le cycle de la violence. Les progrès tangibles en matière de désarmement et de réintégration seront-ils suffisants pour instaurer une confiance durable ?
En définitive, l’action de la MONUSCO en matière de rapatriement s’inscrit dans une stratégie plus large de stabilisation. Elle démontre l’engagement continu des Nations unies en République démocratique du Congo, même face à des défis immenses. L’espoir réside désormais dans la capacité des acteurs locaux et internationaux à capitaliser sur ces avancées opérationnelles pour les traduire en gains politiques concrets. L’accord de Washington et le processus de Doha offrent des cadres, mais leur succès dépendra de la volonté réelle de toutes les parties à tourner la page des conflits. La stabilité de la RDC et de toute la région des Grands Lacs en dépend.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
