« C’est comme si je suis né de nouveau ! » L’exclamation d’un habitant de Beni, la trentaine révolue, résume le soulagement qui a parcouru la ville ce lundi 15 décembre. Après des mois d’attente angoissée, plus de deux mille passeports biométriques congolais sont enfin arrivés de Kinshasa, apportant un espoir tangible à des milliers de requérants du Nord-Kivu. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils tiennent entre leurs mains ce précieux sésame, synonyme de liberté de mouvement et d’opportunités.
Pourtant, derrière la joie palpable des premiers bénéficiaires se cache un sentiment mitigé, teinté d’amertume et de fatigue. Le processus de délivrance du passeport biométrique RDC reste un parcours du combattant, marqué par des lenteurs administratives décriées. « Je demande tout simplement à ceux qui sont au centre de capture de voir comment ils peuvent changer leur manière de travailler », lance un autre requérant, visiblement satisfait d’avoir son document mais exaspéré par les procédures. « Il y a tant de gens qui viennent avec des procurations pour passer à la capture. Ça nous prend beaucoup de temps nous autres. » Ce témoignage pointe du doigt une réalité criante : l’administration peine à absorber la demande, créant des goulots d’étranglement qui prolongent indûment les délais.
Cette livraison constitue le quatrième lot de documents à parvenir à Beni, capitale provinciale provisoire du Nord-Kivu. Une goutte d’eau dans un océan de besoins ? L’installation d’un centre de capture Beni par le ministère des Affaires étrangères était pourtant censée révolutionner l’accès au document pour les habitants de Beni, Butembo et d’autres coins de la province. L’objectif était noble : éviter aux demandeurs des déplacements harassants et coûteux vers des villes plus lointaines comme Bunia ou la capitale Kinshasa. Mais sur le terrain, le décalage entre l’intention et la réalité est frappant.
À Butembo, ville voisine, l’opération de capture se poursuit avec une liste d’attente qui dépasse les trois mille noms. Une attente qui se compte en semaines, voire en mois, pour un simple rendez-vous. Comment expliquer de tels retards dans la délivrance passeport Nord-Kivu ? Les infrastructures techniques, la formation des agents, la logistique des livraisons depuis Kinshasa… les défis sont multiples. Cette situation place les citoyens dans une posture de vulnérabilité permanente. Combien d’opportunités professionnelles, d’urgences familiales ou de projets académiques sont ainsi mis en péril par l’impossibilité de disposer d’un passeport en temps utile ?
Le retour des opérations de capture à Beni-ville ce jeudi sera un test crucial. Sera-t-il synonyme d’un nouveau départ, plus fluide et plus respectueux des administrés, ou simplement d’une répétition des mêmes frustrations ? La demande passeport Congo ne faiblit pas, portée par une jeunesse dynamique et un besoin légitime de connectivité avec le reste du monde. Les autorités provinciales et nationales sont-elles à l’écoute de ces cris du cœur ?
Au-delà du papier sécurisé, c’est la relation entre l’État et ses citoyens qui se joue dans ces centres de capture. Délivrer un passeport efficacement, c’est reconnaître le droit fondamental à la mobilité et restaurer un peu de confiance dans les services publics. Le soulagement des deux mille bénéficiaires de ce lot est réel, mais il ne doit pas faire oublier les milliers d’autres encore dans l’expectative. L’urgence est maintenant de transformer cette avancée logistique en une véritable politique de service public, où le citoyen n’est plus un suppliant, mais un client devant être servi avec diligence et respect. L’enjeu est de taille pour la crédibilité de l’État de droit en RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
