Dans un contexte où la sécurité alimentaire et la diversification économique s’imposent comme des impératifs nationaux, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a martelé son message avec une insistance remarquable lors du dernier Conseil des ministres. La cheffe du gouvernement congolais a rappelé avec une fermeté inhabituelle l’urgence d’achever la réforme du secteur agricole, pastoral et forestier, suivant ainsi la ligne tracée par le président de la République.
Cette interpellation, la deuxième en moins de trois mois, témoigne-t-elle d’une certaine inertie au sein des administrations concernées ? La question mérite d’être posée tant le timing de ce rappel à l’ordre semble révélateur des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de cette politique phare du quinquennat. Le gouvernement a pourtant mis les moyens : la part budgétaire allouée au secteur agricole a pratiquement doublé depuis le début du mandat présidentiel, selon les déclarations de la Première ministre elle-même.
La stratégie nationale de réforme agricole en RDC se structure autour d’une approche multidimensionnelle qui entend révolutionner en profondeur un secteur employant plus de 60% de la main-d’œuvre active congolaise. Valorisation des terres rurales et périurbaines, mécanisation agricole à différentes échelles, accès à des semences de qualité, amélioration des techniques de conservation : le programme est ambitieux, peut-être même trop pour certains observateurs.
Mais au-delà des annonces et des plans stratégiques, deux obstacles majeurs persistent et pourraient constituer des pierres d’achoppement redoutables. Le financement du secteur, d’abord, dont l’insuffisance chronique a longtemps entravé le développement agricole congolais. La question épineuse du SMIG pour les personnels agricoles, ensuite, qui risque de provoquer de vives tensions sociales si elle n’est pas traitée avec la diligence requise.
La décision du président de la République de consacrer la prochaine conférence des gouverneurs exclusivement à la transformation du secteur agricole et pastoral démontre la priorité absolue accordée à ce dossier. Cette orientation stratégique, qualifiée de “revanche du sol sur le sous-sol”, vise à rééquilibrer un modèle économique encore trop dépendant des ressources minières.
Le ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, se trouve ainsi placé en première ligne pour concrétiser cette vision présidentielle. Sa marge de manœuvre semble cependant limitée par les contraintes budgétaires et la complexité de coordonner l’ensemble des initiatives sectorielles. La gouvernance modernisée et numérisée promise par la stratégie nationale pourra-t-elle surmonter ces écueils traditionnels ?
Alors que le gouvernement congolais affiche sa détermination à faire de l’agriculture le moteur de la croissance économique et de la souveraineté alimentaire, l’écart entre les ambitions affichées et les réalisations concrètes reste à combler. La réussite de cette réforme agricole en RDC conditionnera non seulement la crédibilité du programme d’action gouvernemental 2024-2028, mais aussi la capacité du pays à répondre aux défis alimentaires d’une population en croissance constante.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
