Dans un contexte de pressions politiques croissantes, le gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba a choisi les ondes de Top Congo pour déployer sa défense stratégique. Face aux critiques concernant la gestion des routes de la capitale congolaise, le locataire de la ville a dégainé l’arme des chiffres, tentant de retourner la narrative défavorable qui menace son mandat.
La gestion des infrastructures à Kinshasa représente-t-elle un défi insurmontable ou simplement un exercice de communication politique ? Alors que les Kinois subissent quotidiennement les affres des embouteillages monstres et des inondations récurrentes, Daniel Bumba affirme avoir réalisé l’asphaltage d’environ 120 kilomètres de voirie. Un chiffre qu’il oppose aux 34 kilomètres seulement construits durant les cinq années du gouvernement de son prédécesseur, Gentiny Ngobila, selon ses déclarations.
« Nous faisons plus avec moins d’argent », a martelé le gouverneur, dans une phrase qui résume sa stratégie de défense. Cette affirmation prend tout son sens lorsqu’il évoque le Fonds National d’Entretien Routier (FONER), qui aurait reçu près de 450 millions de dollars durant le mandat précédent. « Mais où est le résultat ? », s’interroge-t-il rhétoriquement, dans une charge à peine voilée contre l’administration précédente.
La question financière représente pourtant le cœur des critiques adressées au gouverneur. Concernant les fameux 96 millions de dollars décaissés par le gouvernement central, Daniel Bumba apporte des précisions qui visent à désamorcer la polémique. La ville de Kinshasa n’aurait bénéficié que de 21 millions de dollars, soit 21% du montant total, dont seulement 14 millions auraient été effectivement utilisés pour les travaux de voirie et le curage des caniveaux.
Le mécanisme de gestion de ces fonds mérite attention : l’argent transiterait directement du ministère des Finances vers les prestataires, sous le contrôle vigilant de l’Inspection générale des Finances. Cette précision technique permet au gouverneur de se distancer de toute suspicion de détournement, mais suffira-t-elle à calmer les esprits ?
La situation politique du gouverneur apparaît pour le moins précaire. Les récentes inondations et la dégradation accélérée des routes ont provoqué une levée de boucliers sur les réseaux sociaux, où de nombreux Kinois réclament ouvertement sa démission. L’assemblée provinciale de Kinshasa préparait même une question orale avec débat sur la gestion des ressources de la ville, véritable épée de Damoclès pour l’exécutif provincial.
Mais dans un rebondissement qui souligne les complexités de la politique congolaise, le gouvernement central a instruit toutes les assemblées provinciales de suspendre les motions et pétitions des députés « en ce temps de guerre ». Cette décision providentielle offre un répit au gouverneur, mais ne résout en rien les problèmes structurels de la capitale.
La stratégie de communication de Daniel Bumba repose sur un double mouvement : valoriser ses propres réalisations tout en pointant les insuffisances de ses prédécesseurs. Avec 302 avenues prises en charge et des travaux en cours sur 405 kilomètres supplémentaires, le gouverneur tente de démontrer que sa politique d’asphaltage à Kinshasa avance à un rythme soutenu. Reste à savoir si ces chiffres suffiront à convaincre une population exaspérée par les difficultés du quotidien.
Les prochaines semaines s’annoncent déterminantes pour l’avenir politique de Daniel Bumba. La gestion des routes à Kinshasa dépasse largement la simple question technique pour devenir un enjeu éminemment politique. Le gouverneur pourra-t-il transformer l’essai et faire taire ses détracteurs ? La réponse se jouera autant sur le terrain des réalisations concrètes que sur celui de la perception par les Kinois des améliorations promises.
La politique urbaine en RDC se trouve ainsi à la croisée des chemins, entre nécessité de développement infrastructurel et impératifs de transparence dans la gestion publique. L’épisode actuel illustre parfaitement les défis auxquels font face les autorités congolaises dans leur quête de modernisation des infrastructures des grandes villes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
