Dans un geste qui dépasse la simple assistance technique, l’Agence belge de développement (ENABEL) vient d’équiper l’assemblée provinciale de la Tshopo d’un important lot de matériel informatique. Cette remise officielle intervenue jeudi à Kisangani soulève des questions fondamentales sur la capacité des institutions congolaises à véritablement s’approprier les outils de modernisation.
Le programme, présenté comme un simple appui institutionnel, cache en réalité une ambition plus profonde : transformer radicalement les méthodes de travail d’une institution parlementaire provinciale souvent critiquée pour son archaïsme. Derrière les ordinateurs et imprimantes se profile une véritable révolution numérique dont l’impact pourrait reconfigurer durablement les équilibres de pouvoir dans la province.
Selon Prosper Ntema, Program Manager d’ENABEL, cette dotation permettra à l’assemblée de fonctionner en réseau avec un wifi interne sécurisé, d’accélérer le traitement des dossiers et surtout de renforcer la traçabilité et la transparence des processus. Mais au-delà de ces objectifs affichés, ne s’agit-il pas d’une tentative de refondation complète du mode de gouvernance de la Tshopo ?
Le président de l’assemblée provinciale, Mattheus Kanga, a promis un usage « rationnel et efficace » de ces équipements. Pourtant, on peut légitimement s’interroger sur la capacité réelle de l’institution à absorber ce choc technologique. La digitalisation des institutions en RDC reste-t-elle un vœu pieux ou constitue-t-elle le véritable levier de transformation de la gouvernance congolaise ?
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie plus large d’ENABEL qui accompagne plusieurs institutions congolaises dans leur processus de modernisation. Le soutien de la Belgique à la RDC prend ainsi une dimension nouvelle, passant de l’aide traditionnelle à un partenariat technologique ambitieux. Mais jusqu’où cette externalisation de la modernisation institutionnelle est-elle soutenable ?
La question fondamentale demeure : ces équipements suffiront-ils à changer la culture administrative profondément enracinée dans les pratiques locales ? Le matériel informatique de l’assemblée provinciale de la Tshopo représente certes un progrès tangible, mais ne risque-t-il pas de rester un îlot de modernité dans un océan de traditions administratives obsolètes ?
L’enjeu dépasse largement la simple dotation en équipements. Il s’agit ni plus ni moins de préparer les institutions congolaises aux défis du 21ème siècle, où la transparence et l’efficacité deviennent des exigences incontournables. La digitalisation des services publics en RDC représente un chantier titanesque dont l’issue conditionnera la crédibilité internationale du pays.
À travers ce geste apparemment technique, ENABEL envoie un message politique fort : la modernisation des institutions congolaises passe nécessairement par leur transformation numérique. Reste à savoir si les acteurs locaux sauront s’approprier cette vision ou si ces équipements rejoindront le cimetière des bonnes intentions internationales mal adaptées aux réalités congolaises.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
