La cour d’appel de l’Ituri a officiellement lancé la rentrée judiciaire 2025-2026 ce vendredi 28 novembre à Bunia, lors d’une cérémonie solennelle qui a rassemblé l’ensemble des acteurs du système judiciaire provincial. Cette inauguration marque le début d’une nouvelle année judiciaire placée sous le signe des défis et des réformes attendues par la population iturienne.
Le président de la cour d’appel de l’Ituri, Emmanuel Chamavu, a prononcé un discours inaugural dans lequel il a appelé les justiciables à renouer avec la confiance envers l’institution judiciaire. « La justice est rendue au nom du peuple congolais », a-t-il affirmé devant un parterre composé d’autorités politico-militaires, de magistrats et de représentants de la société civile. Le magistrat a particulièrement insisté sur l’impératif d’un accès équitable à la justice pour tous les citoyens, soulignant que ce principe constitue le fondement même d’un État de droit véritable.
Cependant, cette cérémonie protocolaire n’a pas occulté les dysfonctionnements persistants qui entravent le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire en Ituri. Le doyen du barreau local, Maître Ruffin Muko, a dressé un tableau sans concession des maux qui minent l’institution. Dans une intervention remarquée, l’avocat a dénoncé avec véhémence la pratique systémique du refus de liberté provisoire aux détenus en attente de jugement. Cette situation, selon ses termes, « gangrène la justice en Ituri » et contribue significativement au surpeuplement carcéral observé dans les prisons de la province.
Le problème du surpeuplement carcéral en Ituri représente en effet une préoccupation majeure pour les défenseurs des droits humains. Comment expliquer que des personnes présumées innocentes demeurent incarcérées pendant des mois, voire des années, dans des conditions souvent inhumaines ? Cette question cruciale a été au cœur des débats lors de cette rentrée judiciaire, mettant en lumière l’urgence d’une réforme des pratiques judiciaires.
Face à ces critiques, les autorités judiciaires ont annoncé leur détermination à renforcer la lutte contre la corruption, ce fléau endémique qui sape la crédibilité de l’institution. La cour d’appel de l’Ituri s’est engagée à mettre en œuvre des mécanismes de contrôle plus stricts et à sanctionner avec rigueur tout comportement déviant parmi les magistrats et le personnel judiciaire. Cette promesse intervient dans un contexte où la défiance de la population envers le système judiciaire demeure palpable.
La rentrée judiciaire 2025-2026 s’annonce donc comme une période charnière pour la justice en Ituri. Les magistrats de la province sont appelés à œuvrer pour une justice plus intègre, plus accessible et plus efficace, capable de répondre aux attentes légitimes des justiciables. Le chemin vers une réforme profonde du système judiciaire iturien semble toutefois semé d’embûches, entre traditions ancrées et nécessité de modernisation.
Les prochains mois permettront de juger de la capacité des autorités judiciaires à traduire en actes concrets les engagements pris lors de cette cérémonie solennelle. La question centrale demeure : cette rentrée judiciaire marquera-t-elle un tournant décisif dans l’amélioration du système judiciaire iturien, ou restera-t-elle une simple déclaration d’intention sans suite tangible ? La réponse se construira au fil des audiences et des décisions qui rythmeront cette nouvelle année judiciaire à Bunia et dans l’ensemble de la province.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
