Dans le paysage géopolitique minier africain, la République Démocratique du Congo affiche une stratégie délibérée de multilatéralisme. Interrogé sur les orientations de coopération internationale dans le secteur minier, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a défendu jeudi une position d’ouverture équilibrée, reconnaissant simultanément l’apport décisif de la Chine tout en accueillant favorablement le récent rapprochement américain.
« Nous sommes à l’époque du multilatéralisme, nous parlons à tous les partenaires », a déclaré le ministre lors d’un briefing presse, soulignant que la RDC maintient sa souveraineté décisionnelle dans ses collaborations internationales. Cette déclaration intervient dans un contexte de recomposition des alliances économiques globales, où les investissements chinois mines RDC représentent un pilier historique du développement minier national.
Le ministre Watum, ancien président de la Chambre des Mines, a livré un diagnostic sans concession de la contribution chinoise : « C’est la Chine, à travers ses investissements, qui nous fait occuper la deuxième place mondiale de producteur de cuivre aujourd’hui ». Avec une production dépassant les 3 millions de tonnes annuelles, la RDC se positionne effectivement en vice-leader mondial derrière le Chili, une performance directement corrélée aux investissements asiatiques.
Mais cette coopération minière RDC Chine n’est pas sans exigences. Le ministre a martelé la nécessité d’un respect strict du cadre légal congolais, évoquant le « cas malheureux de CDM » pour illustrer la détermination gouvernementale à faire appliquer la réglementation nationale. Cette position équilibrée – reconnaissance des apports mais intransigeance sur le respect des lois – dessine les contours d’un partenariat mature en évolution.
La perspective énergétique ouvre des horizons encore plus ambitieux. « Au fur et à mesure que nous réglons nos problèmes énergétiques, je crois que nous allons prendre la première place », a projeté le ministre, suggérant que la résolution du déficit énergétique constituerait le catalyseur décisif pour détrôner le Chili et hisser la production cuivre RDC au sommet mondial.
Sur l’échiquier géopolitique, les États-Unis manifestent un intérêt renouvelé. « Les Américains ont compris, ils sont venus, nous sommes en train de leur parler », a confirmé Louis Watum Kabamba, évoquant des discussions avancées qui pourraient aboutir à un accord minier USA RDC structurant. Cette ouverture vers Washington s’inscrit dans une logique de diversification stratégique et de recherche d’équilibre dans les partenariats internationaux.
Le potentiel de développement reste considérable, avec moins de 10% du territoire minier actuellement exploité ou en exploration. Le ministre a particulièrement mis en lumière la province du Kongo Central, décrivant une « très grande dotation minière » et un « miroir géologique du Katanga ». Cette région recèle non seulement du cuivre, de l’or et du manganèse, mais bénéficie d’atouts logistiques exceptionnels : proximité du port de Matadi, disponibilité énergétique grâce au complexe d’Inga, réseaux ferroviaires et routiers existants.
« Tous les ingrédients pour faire de l’industrialisation et du mining à grande échelle sont rassemblés pour le Kongo Central », a-t-il insisté, soulignant que l’intensité capitalistique y serait « de loin moindre » comparée aux zones enclavées. Cette valorisation des Kongo Central potentialités minières représente un appel clair aux investisseurs nationaux et internationaux, mais aussi une invitation à la communauté congolaise à « avoir cet état d’esprit de développement ».
La Sino-congolaise des mines SA, joint-venture issue de la convention de 2008, demeure l’illustration emblématique du partenariat ressources contre infrastructures. Cependant, le gouvernement actuel semble déterminé à renégocier certains accords pour un meilleur équilibre, tout en diversifiant ses partenaires stratégiques.
Cette réorientation diplomatique s’observe dans les négociations avec l’administration américaine concernant les minerais stratégiques, démarche qui s’inscrit dans le cadre plus large de l’Accord de Washington pour une meilleure collaboration et le soutien au processus de pacification dans l’Est de la RDC.
La question centrale demeure : comment la RDC parviendra-t-elle à concilier reconnaissance des apports existants, diversification des partenariats et affirmation de sa souveraineté économique ? La réponse se construira dans la capacité congolaise à négocier des termes mutuellement bénéfiques, tout en développant une vision industrielle intégrée qui dépasse l’extraction pure pour embrasser la transformation locale et la création de valeur ajoutée.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
