La situation des personnes souffrant de troubles mentaux à Kananga, dans la province du Kasaï-Central, atteint un niveau critique qui interpelle la conscience collective. La Ligue pour la promotion de la santé mentale (LIPROSAM) tire la sonnette d’alarme face à l’abandon systématique de ces citoyens vulnérables, livrés à eux-mêmes dans les rues de la ville.
Comment une société peut-elle tourner le dos à ses membres les plus fragiles ? Cette question fondamentale se pose avec acuité lorsque l’on observe le calvaire quotidien des malades mentaux à Kananga. Selon Marc Kamande, président provincial de la LIPROSAM, ces personnes « sont abandonnées en divagation à leur triste sort », un constat qui soulève des interrogations sur notre humanité commune.
Le paysage des structures de santé mentale au Congo, particulièrement dans le Kasaï-Central, révèle des lacunes profondes. L’absence d’infrastructures étatiques opérationnelles spécialisées dans la prise en charge des troubles psychiques crée un vide thérapeutique dangereux. Les centres existants, comme celui de Katuambi, ont été annexés au Service national sans assurer de réels services aux patients, selon les informations de la LIPROSAM Kasaï-Central.
L’accès aux soins devient un parcours du combattant pour les familles, confrontées à des coûts « exorbitants » selon le témoignage de la LIPROSAM. L’absence de pharmacies spécialisées en santé mentale dans la province aggrave considérablement la situation, créant une véritable crise d’accès aux traitements essentiels. Comment expliquer que des médicaments psychotropes puissent manquer dans une région où les besoins sont si évidents ?
La pénurie de médecins spécialistes en santé mentale représente un autre défi majeur. Sans personnel qualifié, comment envisager une prise en charge adaptée des pathologies psychiques ? Cette carence professionnelle contribue à perpétuer un cycle de souffrance et d’exclusion pour les patients et leurs proches.
Au-delà des carences matérielles et médicales, la discrimination sociale frappe doublement les personnes atteintes de troubles mentaux et les anciens patients. Cette stigmatisation, profondément ancrée dans les mentalités, isole davantage des individus déjà vulnérables et compromet leurs chances de réinsertion sociale. La santé mentale à Kananga devient ainsi un enjeu non seulement médical, mais aussi éthique et sociétal.
La vente non réglementée des psychotropes à Kananga constitue un autre sujet d’inquiétude majeur. Sans contrôle approprié, ces substances potentiellement dangereuses circulent librement, exposant les patients à des risques supplémentaires et compromettant l’efficacité des traitements lorsqu’ils sont enfin disponibles.
Face à cette situation alarmante, la LIPROSAM lance un appel pressant aux autorités provinciales et nationales. L’organisation plaide pour une réhabilitation urgente des structures existantes, la réglementation de la vente des psychotropes, et la mise en place d’une véritable politique de santé mentale adaptée aux réalités locales.
La prise en charge des malades mentaux en RDC nécessite une approche globale intégrant soins médicaux, soutien psychosocial et lutte contre la stigmatisation. L’abandon des malades mentaux dans le Kasaï-Central n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques et sociaux qui peuvent être revisités.
Que faire concrètement ? La priorité immédiate réside dans la mobilisation des ressources pour créer des structures d’accueil décentes, former du personnel soignant, et garantir l’accès aux médicaments essentiels. La réhabilitation du centre de Katuambi pourrait constituer un premier pas significatif vers l’amélioration des conditions de vie des patients.
La santé mentale est un droit fondamental, et son respect témoigne du degré de développement d’une société. L’urgence est aujourd’hui de traduire ce principe en actions concrètes pour les citoyens les plus vulnérables de Kananga et du Kasaï-Central.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
