L’Observatoire de la dépense publique (Odep) dresse un constat accablant dans son dernier rapport publié ce vendredi 29 août 2025 : depuis plus de dix ans, moins de 5% des crédits d’investissement prévus dans les lois de finances congolaises sont effectivement exécutés. Cette révélation choquante soulève des questions fondamentales sur la gestion des finances publiques et la capacité de l’État à transformer les engagements budgétaires en réalisations concrètes.
Comment expliquer cet écart abyssal entre les prévisions et les réalisations ? L’Odep identifie une « défaillance structurelle de l’État » où les allocations destinées aux infrastructures vitales – routes, écoles, hôpitaux, électrification rurale – restent lettre morte. La quasi-totalité de ces ressources, essentelles au développement économique et social, demeurent à l’état de promesses budgétaires sans traduction sur le terrain.
Le rapport précise que « souvent, les 95% des crédits destinés aux investissements sont allés nourrir les dépassements des institutions ». Cette pratique transforme le budget national en outil de survie institutionnelle plutôt qu’en levier de développement. Les blocages administratifs, la mauvaise gouvernance et la priorité accordée aux charges récurrentes privent ainsi le pays des investissements structurants nécessaires à sa croissance.
Les conséquences de cette mauvaise exécution budgétaire en RDC sont multiples et profondes. Le secteur des infrastructures publiques, qui devrait constituer le moteur de la création d’emplois et de la croissance économique, stagne dangereusement. Les provinces congolaises subissent directement les effets de cette gestion défaillante : écoles délabrées, hôpitaux sous-équipés, réseaux routiers impraticables, absence d’accès à l’eau potable et à l’électricité.
Ce retard dans la modernisation des infrastructures nationales compromet sérieusement l’industrialisation et la compétitivité économique du pays. Comment envisager un développement durable sans routes pour transporter les marchandises, sans électricité pour alimenter les industries, sans écoles pour former la main-d’œuvre de demain ?
L’Odep alerte également sur la perpétuation de la dépendance extérieure qui découle de cette situation. Les financements des bailleurs de fonds deviennent la principale source d’investissements, assortis de conditionnalités qui limitent la souveraineté de la politique publique congolaise. Cette dynamique crée un cercle vicieux où la faible capacité d’exécution budgétaire nationale renforce la dépendance aux financements externes.
La gouvernance économique en RDC se trouve ainsi à un carrefour décisif. Le rapport de l’Odep souligne l’urgence de réformes structurelles pour inverser cette tendance préoccupante. La crédibilité des institutions publiques et la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à deliver les services essentiels sont en jeu.
À quand une véritable transformation de la gestion des crédits d’investissement ? La réponse à cette question déterminera largement la trajectoire de développement de la République Démocratique du Congo pour les décennies à venir. Les infrastructures RDC constituent le fondement indispensable de toute stratégie de croissance inclusive et durable.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd