Entre les rives du Congo et les artères vibrantes de Paris, Alain Mabanckou tisse une nouvelle tapisserie littéraire avec « Ramsès de Paris », son dernier roman publié aux éditions du Seuil. Ce récit, à la fois miroir et kaléidoscope, capture l’essence d’une diaspora congolaise naviguant entre rêves brisés et euphories clandestines. Comment un écrivain parvient-il à transformer l’exil en une symphonie de mots où chaque note résonne d’humanité ?
Le roman déploie l’épopée de Berado Prince de Zamunda, figure aussi réelle que légendaire, dont le parcours oscille entre la Ponant négraude et le macadam parisien. Mabanckou, tel un griot moderne, emprunte les chemins de l’oralité pour sculpteur une narration hybride, où le sarcasme le dispute à la tendresse, où l’humour affleure sous les drames intimes. La structure en 55 chapitres devient une cartographie emotionnelle, des ruelles de Château Rouge aux horizons de Grenoble, de la Bretagne aux souvenirs de Kinshasa.
Au-delà de l’intrigue amoureuse transgressive – ce triangle fatal entre un mentor et sa protégée –, « Ramsès de Paris » s’impose comme une rapsodie culturelle. La rumba congolaise y pulse en arrière-plan, Koffi Olomide y est convoqué comme une présence tutélaire, tandis que l’élégance de la sape devient métaphore de résistance identitaire. L’auteur, en virtuose de la langue, ne se contente pas de raconter : il incarne une voix, celle des exilés aux besoins réfractaires, des âmes en quête d’eudémonisme dans l’opacité des métropoles.
Ce roman congolais est-il une critique sociale déguisée en fable ? Une célébration de la résilience africaine ? Sans doute les deux. Mabanckou excelle dans cet art du double sens, où chaque anecdote cache une réflexion sur les communautés diasporiques, leurs règles non écrites, leurs jubilations et leurs fractures. La littérature africaine contemporaine y trouve une pierre angulaire, proof que les récits locaux peuvent épouser l’universel sans se renier.
« Ramsès de Paris » n’est pas qu’un livre ; c’est une expérience sensorielle. On y sent les parfums de la rue Myrha, on y entend les éclats de rire dans les cafés congolais, on y touche du doigt les illusions et les espoirs de ceux qui chevauchent deux mondes. Alain Mabanckou, avec la maestria qu’on lui connaît, offre bien plus qu’un roman : une cartographie humaine de l’exil, une ode à celles et ceux qui inventent leur liberté au prix de l’éloignement.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc