Dans la nuit obscure du lac Ntomba, une tragédie silencieuse a emporté au moins quatre vies, plongeant la communauté de Bikoro dans le deuil. Une baleinière surchargée, transportant principalement des vendeuses de produits agricoles des villages Motaka et Botwali, a chaviré à 128 km de Mbandaka. Ces femmes, piliers économiques de leurs familles, se rendaient au marché de Ngombe pour vendre leurs récoltes lorsqu’elles ont été trahies par les eaux sombres du lac.
« La structure de la baleinière HB Bangola s’est écroulée sous le poids de la surcharge », révèle Christophe Yoka, coordonnateur provincial du panel de la société civile locale. Comment en est-on arrivé à cette situation où la précarité des transports lacustres coûte régulièrement des vies humaines ? Les passagers, entassés comme du bétail, n’avaient aucune chance face à la défaillance technique du navire.
Le drame s’est produit entre les villages Kotoli et Nganda Maboko, à environ 50 km de Bikoro centre, une zone où les contrôles de sécurité maritime semblent être un luxe inaccessible. Tous les membres d’équipage ont pris la fuite, abandonnant les rescapés à leur sort et laissant les familles des victimes sans réponse. La police locale a ouvert une enquête, mais dans une région où les infrastructures sont précaires et l’État absent, quelle justice peut-on vraiment espérer ?
Ce naufrage sur le lac Ntomba n’est malheureusement pas un incident isolé. Combien de tragédies similaires devront encore se produire avant que des mesures concrètes ne soient prises ? L’accident de navigation à Bikoro s’inscrit dans une longue liste de drames évitables qui endeuillent régulièrement l’Équateur et toute la RDC. La sécurité maritime reste le parent pauvre des politiques publiques, sacrifiée sur l’autel de l’impunité et de la négligence.
Derriès les statistiques se cachent des réalités humaines déchirantes : des enfants devenus orphelins, des maris ayant perdu leurs épouses, des communautés entières traumatisées. Ces vendeuses courageuses qui bravaient les dangers du lac pour subvenir aux besoins de leurs familles méritaient mieux que cette fin tragique. Leur mort pose une question cruciale : jusqu’à quand les Congolais devront-ils risquer leur vie pour exercer des activités économiques essentielles ?
La tragédie du lac Ntomba doit servir de électrochoc. Il est urgent que les autorités compétentes prennent des mesures drastiques pour réguler le transport lacustre, contrôler le respect des normes de charge et sanctionner sévèrement les responsables de ces négligences criminelles. La vie humaine n’a pas de prix, et chaque citoyen congolais mérite de naviguer en sécurité sur les eaux de son pays.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd