AccueilActualitéSantéLogements sociaux à Kinshasa: chantier à l'arrêt, sinistrés oubliés

Logements sociaux à Kinshasa: chantier à l’arrêt, sinistrés oubliés

Le chantier des 1000 logements sociaux destinés aux sinistrés de Matadi-Kibala, à Kinshasa, est à l’arrêt. Les ouvriers ont cessé le travail pour réclamer leurs salaires, tandis que les maisons préfabriquées se dégradent. Ce projet, financé par l’État congolais à hauteur de 43,155 millions de dollars, devait être livré en septembre 2024. Deux ans plus tard, il illustre les difficultés de la gestion des projets publics et leurs conséquences pour les populations vulnérables.

Le site, situé au village Mukilango dans la commune de Mont-Ngafula, est silencieux. Les engins de chantier sont immobilisés et les structures inachevées montrent des signes de rouille et d’abandon. Un agent de sécurité, employé par l’agence Univers Service Congo, a expliqué que les travailleurs sont en grève depuis plusieurs mois faute de paiement. « Je ne comprends pas ce pays. Nous apprenons que l’argent a été déjà décaissé, mais ici on ne veut pas payer les gens », a-t-il déclaré.

Un financement public sous surveillance

Le projet a été financé par le gouvernement congolais pour un montant initial de 43,155 millions de dollars. L’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, a affirmé avoir décaissé « une vingtaine de millions sur un budget de 42 millions » avant son départ. Selon lui, ce premier versement a permis de démarrer les travaux et d’acheminer les équipements. Il a toutefois reconnu que les paiements ont ensuite été ralentis, ce qui pourrait expliquer l’arrêt du chantier.

Un rapport du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS), publié en octobre 2025, a mis en cause la gestion du projet. Il accuse l’ancien ministre des Finances d’avoir orchestré une contractualisation irrégulière avec l’entreprise turque MILVEST, sans l’aval de la Direction Générale du Contrôle des Marchés Publics. Le rapport évalue l’exécution des travaux à seulement 16 % et dénonce un gaspillage de 57 millions de dollars. Deux avenants signés en septembre 2023 ont fait passer le coût de 37,8 à 57,48 millions de dollars, sans modification substantielle des travaux.

Des institutions de supervision défaillantes

Le CPVS a également pointé les défaillances des structures publiques chargées de la supervision. L’Agence congolaise de la promotion immobilière (ACOPRIM), le Fonds national de l’habitat (FONHAB) et la Cellule technique de planification et de développement urbain (CT-PDU) n’ont pas rempli leur rôle. Le FONHAB n’a certifié aucune facture, la CT-PDU s’est limitée à une présence symbolique, et l’ACOPRIM n’a exercé aucune supervision. Cette absence de cadre institutionnel a ouvert la voie à des dérives financières.

Une source au sein de l’ACOPRIM a rejeté la responsabilité sur l’État, affirmant que l’agence n’a rien reçu pour l’exécution de ses projets, en dehors des salaires et des frais de fonctionnement. Elle a indiqué que les travaux sont stoppés en raison d’une facture introduite par MILVEST que l’État tarde à payer. Cette version contraste avec celle des agents de sécurité, qui évoquent une grève des ouvriers pour salaires impayés.

Des sinistrés dans l’attente

Les 750 ménages sinistrés par les inondations de décembre 2022 attendent toujours d’être relogés. Selon un agent du bureau du chef coutumier, certains se rendent parfois sur le chantier pour constater l’évolution des travaux. Des sources locales indiquent que ces familles envisagent des manifestations pour réclamer l’achèvement du site. Le président Tshisekedi leur avait rendu visite en décembre 2022, mais la promesse de logement reste inachevée.

Le chef du village Vunda-Mukilango, Ipipo Luzolo Blanchard, a dénoncé dans une vidéo ce qu’il qualifie de « sabotage » du projet. Les riverains, qui espéraient l’arrivée des sinistrés pour dynamiser la zone, soupçonnent un détournement des fonds. L’arrêt prolongé des travaux renforce les doutes sur la capacité des institutions à mener à bien des projets d’urgence humanitaire.

Les tentatives de joindre le directeur général de l’ACOPRIM, l’entreprise MILVEST et le ministère de l’Urbanisme et Habitat sont restées vaines. Le sort des sinistrés de Matadi-Kibala demeure incertain, tandis que les maisons inachevées continuent de se dégrader sous les intempéries.

A lire aussi : Marché Sud de Matadi : un chantier à l’arrêt depuis 2022 pénalise les commerçants ; Kinshasa : Kazadi défend sa gestion de l'Arena et du Centre financier

Article Ecrit par Amissi G

Source: Actualite.cd

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