Sur les rives du lac Édouard, la cité lacustre de Nyakakoma s’est réveillée dans une étrange torpeur. Les ruelles habituellement animées par les rires des écoliers semblaient retenir leur souffle. Dans les cours des maisons, des groupes d’adolescents se formaient, les regards rivés sur des téléphones muets. La publication des résultats de l’Examen d’État 2026, intervenue dans la soirée du vendredi 10 juillet, aurait dû être un moment de délivrance. Elle s’est transformée en une attente silencieuse, presque insoutenable.
Une coupure qui isole les finalistes de Nyakakoma
Depuis le 20 juin 2026, le réseau Vodacom, unique opérateur de télécommunication dans cette partie du territoire de Rutshuru, est interrompu. Les causes de cette coupure n’ont pas été officiellement communiquées, laissant la population dans l’incertitude. Pour les candidats à l’EXETAT 2026, cette panne est un mur invisible qui les sépare de leur avenir. L’annonce de la publication des résultats est parvenue avec plusieurs heures de retard, et la consultation est devenue un parcours du combattant. Dans cette localité lacustre, où le réseau est souvent le seul lien avec le reste du pays, son absence transforme une formalité administrative en une épreuve d’endurance. Les jeunes, qui avaient passé leurs épreuves avec l’espoir d’un avenir meilleur, se retrouvent soudainement coupés du monde, incapables de savoir s’ils ont franchi cette étape cruciale de leur vie scolaire.
Des kilomètres d’espoir pour capter un signal
Face à cette situation, les finalistes et leurs familles redoublent d’ingéniosité. Certains parcourent plusieurs kilomètres vers les périphéries de Nyakakoma, dans l’espoir de capter un faible signal téléphonique. D’autres transmettent leurs codes de consultation à des proches vivant dans des zones couvertes par le réseau. Quelques-uns n’hésitent pas à se rendre dans des localités voisines où la connexion est disponible, pour connaître enfin leur sort. Ces déplacements, souvent à pied, témoignent de la détermination de ces jeunes à ne pas laisser la technologie entraver leur destin. Chaque kilomètre parcouru est chargé d’espoir, mais aussi d’une angoisse palpable : celle de découvrir un échec après tant d’efforts, ou pire, de ne rien découvrir du tout. « Les élèves vivent dans une grande inquiétude. Beaucoup ne savent toujours pas s’ils ont réussi leur Examen d’État, simplement parce qu’ils n’ont aucun accès au réseau de télécommunication », témoigne Steven Tabaro Mukongo, enseignant à Nyakakoma. Ses mots résonnent comme un écho de la détresse collective, dans une région où l’éducation est souvent perçue comme l’unique voie d’ascension sociale.
Un appel pressant pour rétablir la connexion
Cette situation relance les appels des habitants en faveur du rétablissement rapide du réseau Vodacom dans cette entité. Ils exhortent également les autorités compétentes à intervenir afin de garantir l’accès aux services de télécommunication, devenus indispensables, notamment lors de la publication des résultats scolaires. Dans cette attente, les visages des jeunes reflètent un mélange d’espoir et d’angoisse, suspendus à un signal qui tarde à revenir. La coupure, qui dure depuis plus de trois semaines, soulève des questions plus larges sur l’accès aux technologies dans les zones reculées du Nord-Kivu. Pour les habitants de Nyakakoma, le réseau n’est pas un luxe, mais un outil essentiel pour l’éducation, la santé et le lien social. Alors que le soleil se couche sur le lac, les finalistes continuent de scruter l’horizon, espérant qu’une barre de réseau apparaisse enfin sur leurs écrans, porteuse de la nouvelle tant attendue.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: actu30.cd
