AccueilActualitéÉconomieCuivre : la RDC devient le deuxième producteur mondial, selon l’AFC

Cuivre : la RDC devient le deuxième producteur mondial, selon l’AFC

La République démocratique du Congo a franchi un cap décisif dans le secteur minier mondial. Selon le dernier Compendium of Africa’s Strategic Minerals publié par l’Africa Finance Corporation, le pays est désormais le deuxième producteur mondial de cuivre, avec une production dépassant les 3 millions de tonnes en 2024. Cette performance, qui lui permet de devancer le Pérou, confirme le rôle central de la RDC dans les chaînes d’approvisionnement des métaux critiques pour la transition énergétique.

L’économiste en chef de l’AFC, Dr. Rita Babihuga-Nsanze, souligne que cette ascension « transforme fondamentalement la place du pays dans l’économie mondiale ». Elle renforce les fondamentaux macroéconomiques, avec une hausse des recettes d’exportation, des revenus fiscaux et des entrées de devises. La RDC capte déjà une part significative de la valeur, exportant principalement du cuivre raffiné sous forme de cathodes plutôt que des concentrés bruts.

Une production triplée en une décennie

La production congolaise de cuivre a plus que triplé au cours des dix dernières années. Cette croissance repose sur des opérations de classe mondiale telles que Kamoa-Kakula, Tenke Fungurume et Kisanfu. La mise en service de la fonderie de Kamoa-Kakula, la plus grande d’Afrique avec une capacité de 500 000 tonnes par an, marque une étape supplémentaire dans la transformation locale. Environ 75 % du cuivre congolais est déjà raffiné sur place.

La Copperbelt d’Afrique centrale, avec la RDC en son cœur, abrite des gisements à haute teneur qui offrent un avantage compétitif majeur : des coûts opérationnels plus faibles et une empreinte carbone réduite. Alors que la demande mondiale de cuivre accélère, portée par l’électrification et les infrastructures numériques, la région devient incontournable. « Peu de nouvelles grandes provinces cuprifères émergent à l’échelle mondiale », rappelle Dr. Babihuga-Nsanze.

Le corridor de Lobito, colonne vertébrale régionale

L’enclavement de la Copperbelt reste un défi logistique majeur. Une grande partie du transport repose encore sur la route, faute de capacités ferroviaires suffisantes. Le corridor de Lobito, qui relie la région à l’océan Atlantique via l’Angola, est présenté comme une solution structurante. L’AFC joue un rôle central dans ce projet, en tant que conseiller financier pour la concession du chemin de fer et développeur de la liaison Zambie–Lobito, longue de 830 kilomètres.

Au-delà du transport, ce corridor doit devenir un écosystème industriel intégré, combinant énergie, zones industrielles et marchés régionaux. L’objectif est de dépasser la simple exportation de cathodes pour développer des produits à plus forte valeur ajoutée : fils, câbles, tubes et composants électriques. « Les corridors ne se contentent pas de transporter des marchandises ; ils contribuent à créer les marchés régionaux sur lesquels reposent les industries compétitives », explique l’économiste.

L’énergie, clé de l’industrialisation

L’expansion de la production et de la transformation du cuivre nécessitera plusieurs gigawatts d’électricité supplémentaire dans la prochaine décennie. La région dispose d’un potentiel hydroélectrique sous-exploité, notamment en Angola, où environ 2 GW sont disponibles et pourraient atteindre 4 GW d’ici 2027. Le renforcement des interconnexions électriques transfrontalières est donc stratégique pour sécuriser l’approvisionnement et réduire les coûts.

L’AFC entend mobiliser des financements pour ces infrastructures complexes, en combinant développement de projets, conseil et investissements à long terme. L’institution a déjà mobilisé plusieurs centaines de millions de dollars en RDC, notamment un prêt senior de 150 millions de dollars pour l’expansion de Kamoa-Kakula. Elle soutient également des projets hors secteur minier, comme le système ferroviaire urbain MetroKin à Kinshasa.

Vers un pôle industriel régional

La RDC et la Zambie, qui produisent ensemble environ 18 % du cuivre mondial, doivent être considérées comme un écosystème unique. L’intégration régionale, via la Zone de libre-échange continentale africaine, est essentielle pour créer une demande suffisante et attirer les investissements manufacturiers. L’exemple de la raffinerie Dangote au Nigeria montre comment la transformation en aval peut modifier la contribution économique d’une ressource.

Pour Dr. Babihuga-Nsanze, l’opportunité ultime est d’utiliser le cuivre congolais pour construire les réseaux électriques, les systèmes d’énergie renouvelable et les infrastructures dont l’Afrique aura besoin. « Les pays qui capteront le plus de valeur à long terme ne seront pas seulement ceux qui extraient les minerais critiques, mais ceux qui les transforment et fabriquent des produits », conclut-elle. La RDC dispose des atouts géologiques et industriels pour y parvenir, à condition de renforcer ses infrastructures régionales.

Article Ecrit par Cédric Botela

Source: Actualite.cd

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