AccueilActualitéJusticeSouveraineté agricole en RDC : le Sénat tarde à adopter la réforme

Souveraineté agricole en RDC : le Sénat tarde à adopter la réforme

Le Sénat de la République démocratique du Congo n’a pas encore adopté en seconde lecture la proposition de loi modifiant et complétant la loi n°11/022 du 24 décembre 2011 portant principes fondamentaux relatifs à l’agriculture, alors que la session ordinaire de mars 2026 s’achève le 15 juin. Ce retard suscite des inquiétudes parmi les opérateurs du secteur agricole, qui redoutent un blocage institutionnel préjudiciable à un texte jugé stratégique pour la souveraineté alimentaire et la stabilité économique du pays.

Un calendrier parlementaire sous tension

Déposée le 1er décembre 2025 par la députée Marie-Claire Kengo, la proposition de loi a été transmise au bureau de l’Assemblée nationale le 17 décembre 2025, déclarée recevable en plénière le 7 avril 2026, puis adoptée par les députés nationaux fin mai. Transmis au Sénat pour une seconde lecture, le texte n’a toutefois pas encore été examiné en séance plénière, à quelques jours de la clôture de la session. Ce calendrier contraint alimente les craintes d’un renvoi du dossier à une session ultérieure, malgré les appels répétés à accélérer son adoption.

La facture alimentaire, un fardeau pour l’économie

Dans une note transmise à la presse le 6 juin 2026, l’expert Prince Junior Mungala a détaillé le poids des importations alimentaires sur l’économie nationale. Selon ses estimations, la facture annuelle atteint entre 2 et 4 milliards de dollars, dont 500 à 700 millions pour le riz, 300 à 500 millions pour les huiles végétales, 200 à 350 millions pour le sucre, 200 à 400 millions pour la farine et les céréales, 100 à 250 millions pour les produits laitiers, 150 à 300 millions pour les volailles congelées et 250 à 500 millions pour les produits halieutiques. S’y ajoutent plusieurs centaines de millions de dollars consacrés aux conserves, pâtes alimentaires, fruits, légumes et autres produits transformés importés.

Un potentiel agricole sous-exploité

Prince Junior Mungala a rappelé que la RDC dispose d’environ 80 millions d’hectares de terres arables, dont moins de 10 % seraient aujourd’hui exploités. Il a souligné le contraste entre ce potentiel et les sorties massives de devises pour financer des importations agricoles, alors que la Banque centrale du Congo s’efforce de stabiliser le franc congolais. « Chaque conteneur de riz importé représente des devises qui sortent du pays. Chaque cargaison de poulets congelés accroît la pression sur la demande de dollars. Chaque tonne de farine importée réduit la capacité du pays à créer de la valeur ajoutée localement », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’une réduction de 25 % des importations alimentaires permettrait d’économiser entre 500 millions et 1 milliard de dollars par an, des ressources qui pourraient être réinvesties dans les infrastructures agricoles.

Un enjeu de stabilité monétaire et sociale

L’expert a également mis en avant les retombées potentielles de la réforme : entre un et deux millions d’emplois directs et indirects, une stabilisation des revenus pour cinq à huit millions de foyers ruraux, et des recettes fiscales supplémentaires de 200 à 500 millions de dollars pour l’État. Il a estimé que plus de cent millions de Congolais pourraient bénéficier d’une amélioration de leur sécurité alimentaire. Dans un contexte de tensions sur les marchés mondiaux, de guerre en Iran et en Ukraine et de pression démographique, il a qualifié la souveraineté agricole d’enjeu stratégique majeur pour la stabilité économique, monétaire et sociale du pays.

Prince Junior Mungala a interpellé le Sénat sur sa responsabilité historique, alors que la Présidence défend une stratégie de transformation économique fondée sur la valorisation de l’agriculture. « Comment promouvoir la revanche du sol sur le sous-sol tout en retardant les réformes destinées à protéger la terre productive ? Comment soutenir les efforts de stabilisation monétaire de la Banque centrale lorsque plusieurs milliards de dollars continuent de quitter le pays pour financer des productions agricoles étrangères ? », a-t-il questionné. Les prochains jours seront décisifs pour l’inscription du texte à l’ordre du jour de la chambre haute, sous la pression des acteurs du secteur qui attendent des décisions concrètes.

Article Ecrit par Cédric Botela

Source: Actualite.cd

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