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Ebola Bunia : l’OMS face au défi de la désinformation

Une silhouette familière a foulé ce samedi 30 mai le tarmac de l’aéroport de Bunia, fermé aux vols ordinaires depuis que l’épidémie Ituri a été déclarée. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS RDC, est venu poser des mots sur l’angoisse : « Vous n’êtes pas seuls dans cette épreuve. » La Ebola Bunia qui inquiète aujourd’hui est une vieille connaissance, la souche Bundibugyo, détectée pour la première fois en 2007 en Ouganda voisin et désormais bien installée dans le nord-est congolais. Plus de 1 000 cas suspects recensés, 246 décès : le bilan provisoire de cette flambée force une question : la riposte peut-elle rattraper un virus qui, lui, ne s’arrête jamais ?

Pour saisir la gravité de la situation, il faut se représenter le virus Ebola comme un incendie invisible. La souche Bundibugyo, un peu moins meurtrière que la tristement célèbre Zaïre (taux de létalité moyen autour de 30-40 % contre 60-90 %), a pourtant un talent redoutable : elle se propage avec une discrétion déconcertante. Fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, vomissements ressemblent à tant d’autres maladies tropicales. Combien de patients, pendant des semaines, ont pu passer inaperçus avant que les autorités ne déclenchent l’alerte ? L’OMS estime que la circulation silencieuse a précédé de plusieurs semaines la reconnaissance officielle de l’épidémie Ituri. Aujourd’hui, chaque jour perdu dans la chaîne de transmission équivaut à des dizaines de vies menacées.

À Bunia, Tedros Adhanom Ghebreyesus a choisi un ton d’humilité : « Nous ne sommes pas ici pour dicter, mais pour écouter tous les membres de la communauté. » Car l’obstacle le plus coriace n’est ni le manque de gants ni l’absence de tests. Il s’appelle défiance. La semaine dernière, trois centres de santé ont été pris pour cible, des patients se sont enfuis. Une rumeur, à l’heure des réseaux sociaux, se répand plus vite qu’un virus sous microscope. « Il y a de la méfiance, des informations erronées, de la désinformation », a reconnu le patron de l’OMS RDC. Autrement dit, le virus de la peur est mille fois plus contagieux que le microbe lui-même. Pourquoi des familles cachent-elles leurs malades ? Parce qu’elles pensent encore, dans certaines localités reculées, que le centre de traitement est un mouroir. Parce qu’elles craignent la stigmatisation. Parce qu’elles n’ont parfois jamais vu un médecin, et que les équipes de riposte Ebola équipées de combinaisons spatiales ne rassurent guère.

Le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, se veut pourtant rassurant : « Nous avons actuellement dans les dépôts tout ce qu’il faut en matériel de protection, médicaments et tests. » La République démocratique du Congo, forte de seize épidémies précédentes, a engrangé un savoir-faire inestimable. Le hic ? La logistique de distribution dans une province où l’insécurité chronique grignote les routes et où des millions de déplacés s’entassent dans des camps. Imaginez le virus s’invitant dans ces bidonvilles de toile où la promiscuité transforme chaque contact en menace et où l’eau propre est un luxe. La catastrophe sanitaire serait d’une ampleur effroyable.

Sur le front de la riposte, une lueur : un premier patient guéri a quitté l’hôpital de Rwampara, près de Bunia. Les traitements antiviraux et les soins de support – réhydratation, maintien de la pression artérielle – sauvent bel et bien des vies, à condition que les malades arrivent tôt. Mais la grande leçon des épidémies passées, rabâchée par Médecins Sans Frontières, reste que la riposte Ebola ne se gagne pas dans les hôpitaux militaires, mais dans les cœurs. « Jamais une épidémie n’avait enregistré autant de cas aussitôt après sa déclaration », alerte MSF, qui presse la communauté internationale de muscler l’aide sur le terrain.

Alors que certains pays imposent des restrictions de voyage ou ferment leurs frontières, le directeur général de l’OMS a haussé le ton : « Ces mesures rendent la riposte plus difficile, elles découragent la transparence et la confiance qui sauvent des vies. » En d’autres termes, isoler l’Ituri revient à asphyxier l’accès aux stocks, aux experts, aux évacuations sanitaires. Une paralysie dont le virus, lui, se moque éperdument.

Que peut faire le citoyen de Bunia, de Kinshasa ou de Goma ? D’abord, partager des faits, pas des rumeurs. Ensuite, ne pas fuir un centre de santé lorsque les symptômes apparaissent : plus vite on consulte, plus vite on ouvre la porte à la guérison et on referme la chaîne de contamination. Enfin, écouter les agents communautaires qui, patiemment, réexpliquent que l’Ebola se combat les mains propres et le cœur ouvert. Car face à la souche Bundibugyo, comme face à toutes les épidémies virales hémorragiques, l’indifférence et la désinformation sont les meilleures alliées du fléau. En ce jour de visite officielle à Bunia, un message simple résumait tout : la peur n’est pas un traitement. La solidarité, elle, peut l’être.

Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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