L’Inspection générale des finances de la RDC vient de franchir un cap décisif dans sa croisade contre l’hémorragie des deniers publics. Trente-neuf ans après sa création, le gendarme financier congolais a présenté, ce mercredi 20 mai à Kinshasa, un dispositif de contrôle systémique entièrement numérique. Doté d’une enveloppe de 39 millions de dollars sur trois ans, ce nouvel arsenal promet de traquer les irrégularités avant même que les fonds ne disparaissent. Une petite révolution.
« Le contrôle systémique est préventif : il permet de détecter les défaillances avant les pertes – fraude, évasion, gaspillage », a martelé Christophe Bitasimwa Bahii, Inspecteur général des finances et chef de service. Son ambition ? Ne plus seulement éplucher des comptes a posteriori, mais placer l’IGF au cœur des circuits financiers du pays, en temps réel. Grâce à l’interconnexion des bases de données fiscales, douanières, de la paie des agents publics ou encore des marchés publics, l’institution devient capable de croiser les flux et de repérer les incohérences instantanément.
Ce virage numérique, que l’IGF qualifie de « nouveau paradigme », s’appuie sur une analyse intégrée de tous les flux – économiques, budgétaires, bancaires. La digitalisation des finances publiques n’est plus un slogan, mais une arme de dissuasion massive. « Il ne s’agit plus seulement d’identifier un fraudeur, mais de comprendre comment le système permet la fraude », a précisé Christophe Bitasimwa, soulignant que la méthode vise les failles logicielles, les lourdeurs administratives et les circuits parallèles. Autrement dit, un scanner permanent de la dépense publique, capable d’établir des cartographies des risques et de renforcer la gouvernance.
Le plan stratégique triennal de digitalisation se décline en six axes, allant de la maîtrise de l’information à la déconcentration des services, en passant par la valorisation du patrimoine public. Le budget annuel de 13 millions USD couvre l’infrastructure technologique et la formation des équipes. Un investissement colossal, mais qui pourrait éviter des pertes bien plus lourdes. Car la lutte contre la fraude financière en RDC coûte chaque année plusieurs centaines de millions de dollars à l’État.
Comment stopper l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard ? C’est tout l’enjeu de ce contrôle préventif en RDC. Jusqu’ici, les auditeurs arrivaient souvent après la bataille, constatant les dégâts sans pouvoir les réparer. Désormais, l’IGF promet une surveillance continue, analytique et interconnectée. « L’objectif est d’obtenir une vue d’ensemble des circuits économiques en temps réel pour sécuriser en amont les finances publiques », a insisté l’Inspecteur général. Une ambition qui fait écho aux promesses de bonne gouvernance affichées par les autorités.
Cette mue de l’IGF en un organe d’intelligence financière pourrait redessiner la gestion des ressources publiques. En interconnectant les systèmes d’information, le contrôle systémique devient un véritable filet de sécurité : toute anomalie dans les déclarations fiscales, tout écart suspect dans les flux douaniers ou les salaires versés déclenche une alerte. De quoi décourager les prédateurs de la fortune publique et, à terme, rassurer les partenaires techniques et financiers. Reste à savoir si les moyens engagés seront à la hauteur des défis techniques et politiques. La machine est lancée.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
