Le Conseil des ministres a adopté, ce mercredi 20 mai, le projet de loi de finances rectificative 2026, présenté par le Vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito. Fixé à 50 295,1 milliards de francs congolais, soit l’équivalent de 21,9 milliards de dollars américains, ce collectif budgétaire enregistre une contraction de 7,4 % par rapport à la loi de finances initiale, pourtant promulguée en décembre dernier. Une révision qui sonne comme un ajustement de trajectoire, dans un climat économique sous tension.
Comment expliquer ce recul, quand tout semblait misé sur une croissance vigoureuse ? Le compte-rendu du Conseil pointe sans détour la chute des ressources extérieures. Ces dernières, dépendantes des aléas de la coopération internationale et des marchés financiers, se sont effritées, obligeant l’exécutif à revoir sa copie. Mais cette contraction cache une dynamique plus encourageante : les recettes intérieures, elles, ont progressé, portées par l’impact des réformes fiscales et des nouvelles mesures de mobilisation des recettes publiques en RDC. Un tel rebond a permis de dégager des marges pour financer des priorités brûlantes : sécurité, action humanitaire et investissements, alors que la partie orientale du pays reste meurtrie par l’insécurité.
Adolphe Muzito, en présentant cette loi de finances rectificative 2026 RDC, a souligné la philosophie de l’ajustement. Le budget rectificatif 2026 RDC n’est pas une simple coupe aveugle. Il intègre l’arrivée de ressources stratégiques, comme les eurobonds RDC, que le gouvernement compte mobiliser pour soutenir de grands projets structurants. Infrastructures de base, programme présidentiel de promotion de l’emploi et de l’entrepreneuriat des jeunes : ces chapitres d’avenir ne sont pas sacrifiés. L’exécutif parle d’un « instrument d’ajustement et de pilotage budgétaire » destiné à aligner les prévisions sur le cadrage macroéconomique révisé, tout en gardant le cap sur la stabilité.
Cette révision était-elle évitable ? Les signaux faibles s’accumulaient depuis le début de l’année. Le premier trimestre 2026 a mis à nu les fragilités de la mobilisation des recettes publiques : retards récurrents dans le paiement des fonctionnaires, recouvrements inférieurs aux attentes. La machine étatique, privée de carburant, a connu des hoquets embarrassants. Comme l’a rappelé la Première ministre Judith Suminwa, lors de la 88e réunion du Conseil des ministres, le dépôt du texte devait impérativement intervenir avant fin mai, signe que l’urgence budgétaire était réelle.
À ces difficultés internes s’ajoute un choc exogène. Le Président Félix Tshisekedi a lui-même alerté son gouvernement sur les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui perturbent déjà les marchés énergétiques et financiers. Un monde en ébullition, c’est une onde de choc qui se répercute jusqu’à Kinshasa, via le coût des importations, la pression sur la devise ou la confiance des investisseurs. Le budget rectifié apparaît dès lors comme un bouclier, un recalibrage prudentiel pour absorber les turbulences sans sacrifier l’essentiel.
Ce repli de 7,4 % en francs congolais masque une quasi-stabilité en dollars (22 milliards en loi initiale, 21,9 milliards dans la version rectifiée). L’écart tient pour l’essentiel à une parité monétaire fluctuante. Mais derrière ces chiffres, c’est un pari sur l’autonomie financière de l’État qui se dessine. En dopant les ressources intérieures, le gouvernement cherche à réduire sa dépendance aux aléas extérieurs, un credo défendu de longue date par le ministre Muzito. Reste à savoir si les nouvelles mesures tiendront leurs promesses sur la durée, dans un contexte où la pression sociale est forte et où les dépenses de sécurité pèsent lourd.
La loi de finances rectificative 2026 RDC sera bientôt examinée au Parlement. Son adoption sans heurts est cruciale pour stabiliser la trésorerie publique et rassurer aussi bien les partenaires techniques que les agents de l’État. Le vrai test commencera au second semestre : l’exécutif réussira-t-il à transformer l’essai des réformes fiscales en recettes sonnantes et trébuchantes, tout en protégeant le pays des vents contraires de la géopolitique ? L’équilibre, tout en nuances, est à ce prix.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
