La confirmation par Kampala d’un cas de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo chez un ressortissant congolais vient brutalement rappeler que le virus ne connaît pas de frontières. Détecté à l’hôpital musulman de Kibuli le 11 mai 2026, ce patient de 59 ans présentait un tableau clinique alarmant : détresse respiratoire, fièvre, douleurs abdominales, nausées et difficulté à uriner. Son état s’est dégradé jusqu’à son décès le 14 mai, des suites d’hémorragies internes. Le Ministère ougandais de la Santé a confirmé ce 15 mai qu’il s’agissait bien d’Ebola Bundibugyo, une souche moins médiatisée que le virus Zaïre mais tout aussi inquiétante.
Pour mieux comprendre l’enjeu, il faut rappeler que le virus Ebola appartient à une famille de filovirus comptant plusieurs espèces. Le Bundibugyo, découvert en 2007 dans l’ouest de l’Ouganda, présente un taux de létalité oscillant entre 30 et 40 %. S’il est moins foudroyant que la souche Zaïre (souvent supérieure à 60 %), il conserve une capacité de propagation redoutable par simple contact avec les fluides corporels – sang, salive, urine, sueur ou selles – d’une personne infectée. Autrement dit, une poignée de main contaminée ou des soins prodigués sans protection peuvent suffire à briser la chaîne de sécurité. Si l’épidémie d’Ebola en RDC est souvent associée à la souche Zaïre, cette incursion du Bundibugyo rappelle que le pays doit composer avec plusieurs variants, rendant la riposte d’autant plus complexe.
Le cas importé de République démocratique du Congo a immédiatement déclenché la riposte épidémie en Ouganda. Les autorités ont déployé des équipes de dépistage et d’intervention rapide sur tous les points d’entrée officiels et informels, avec une attention particulière sur l’axe de transit ouest, véritable couloir de mobilité transfrontalière. Un laboratoire mobile a été installé à l’hôpital de Bwera pour accélérer les diagnostics. Tous les contacts du défunt – y compris un parent proche considéré comme à haut risque – ont été placés en quarantaine. Cette réactivité exemplaire n’est pas un luxe : chaque heure gagnée dans l’isolement des cas suspects réduit le risque d’une chaîne de transmission locale.
Pourtant, un facteur complique singulièrement la riposte : le contexte sécuritaire dans l’est de la RDC, d’où provient le virus. La région est minée par les violences des rebelles ADF, de la CODECO et d’autres groupes armés. Les déplacements massifs de populations, les accès humanitaires restreints et la méfiance envers les équipes sanitaires transforment une enquête épidémiologique en parcours d’obstacles. Cela explique pourquoi Kampala et Kinshasa, avec le Soudan du Sud, ont annoncé une réunion régionale d’urgence avec l’OMS et l’UNICEF. Le directeur de l’Africa CDC, Jean Kaseya, a souligné la nécessité de renforcer la surveillance, les capacités de laboratoire et l’engagement communautaire au-delà des frontières. Car, comme le dit souvent l’adage médical, « un virus ne négocie pas avec un poste-frontière ».
Alors, comment se protéger ? Le ministère ougandais martèle des consignes simples mais vitales : éviter absolument tout contact physique avec une personne présentant des symptômes suspects ; se laver les mains régulièrement à l’eau propre et au savon ou avec une solution hydro-alcoolique ; ne pas toucher les fluides corporels d’un malade ; et, en cas de fièvre, de diarrhée sanglante ou de saignements inexpliqués, consulter sans délai. Les corps des défunts suspects doivent être pris en charge par des équipes formées et inhumés de manière sécurisée – un enterrement traditionnel peut devenir un « super-propagateur » si le défunt est porteur du virus.
L’épisode interroge aussi sur notre degré de préparation collective. Combien de familles, en RDC comme en Ouganda, savent qu’Ebola ne se transmet pas par l’air, mais par contact étroit ? Cette épidémie – pour l’instant sans transmission locale confirmée côté ougandais – nous offre une fenêtre d’action. Elle nous rappelle que la vaccination des contacts, la mise en quarantaine et la communication claire sauvent des vies. La riposte rappelle une course contre la montre où chaque citoyen est un maillon. Un geste anodin – se toucher le visage après avoir porté la main à une poignée souillée – peut raviver un cycle épidémique que des centaines de soignants tentent de briser.
En définitive, le cas Bundibugyo importé de RDC en Ouganda est un signal d’alarme. Il ne doit pas semer la panique, mais plutôt cristalliser une prise de conscience régionale. La coordination transfrontalière et l’adhésion communautaire sont aujourd’hui les seuls remparts efficaces contre un virus qui, rappelons-le, ne fait pas de distinction de nationalité. Comme le recommande le ministère ougandais de la Santé, restons vigilants et solidaires. Car la meilleure arme contre Ebola demeure l’information. Et si la prévention passait d’abord par un simple lavage des mains ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
