L’Assemblée provinciale du Kongo-Central a offert ce jeudi 14 mai 2026 un spectacle à la fois prévisible et lourd de sens politique. Convoquée pour statuer sur le réquisitoire visant le gouverneur Grâce Bilolo, accusé de malversations financières en RDC et de détournement de deniers publics, la séance plénière a été suspendue, faute d’avoir réuni le fameux quorum de décision. Sur les 40 députés provinciaux que compte l’organe délibérant, seuls 19 ont daigné pointer à l’appel. Un décompte qui, mathématiquement, ne pouvait donner lieu qu’à une impasse procédurale. Mais au-delà des chiffres, c’est bien une guerre d’usure politique qui se dessine dans les travées de l’hémicycle.
« Le règlement intérieur, en son article 67, exige la présence des deux tiers des membres pour toute prise de décision. Or, avec 19 présents, nous étions loin du compte », a sobrement rappelé le rapporteur adjoint de l’Assemblée, Guylain Phanzu. Pourtant, le rapport de la commission spéciale chargée d’instruire le dossier Grâce Bilolo avait bel et bien été auditionné par les élus présents, juste avant le constat d’échec. Une manière de mettre les députés face à leurs responsabilités, sans pour autant délier les mains de l’institution.
À qui profite cette désertion massive des bancs de l’Assemblée provinciale du Kongo-Central ? Simple coïncidence ou manœuvre politique savamment orchestrée ? L’absentéisme chronique qui gangrène les institutions congolaises prend ici une coloration particulière. Si le quorum non atteint a techniquement sauvé Grâce Bilolo d’un vote immédiat, il est permis de s’interroger sur la stratégie de ses alliés. S’agissait-il d’éviter une condamnation trop hâtive, ou au contraire de gagner du temps en espérant que la tempête médiatique et judiciaire se dissipe ? L’opposition, elle, dénonce déjà un « sabotage délibéré » de la séance plénière suspendue.
Car le chef de l’exécutif provincial n’est pas un novice en politique. Ancien bras droit de l’actuelle gouverneure de Kinshasa, Grâce Bilolo sait que les rouages institutionnels peuvent parfois se muer en boucliers. Et l’article 67 du règlement intérieur, si souvent invoqué pour bloquer des décisions sensibles, pourrait bien devenir son meilleur allié. Seulement voilà : les malversations financières RDC ne connaissent pas de prescription morale, et la pression populaire, alimentée par la précarité des services publics, ne faiblit guère.
L’épilogue de ce feuilleton est pourtant déjà écrit dans les textes. Guylain Phanzu a prévenu : si lors de la prochaine plénière le quorum des deux tiers n’était toujours pas atteint, l’Assemblée pourrait alors se résoudre à voter à la majorité des députés présents. Une disposition prévue par la réglementation, qui transforme l’absentéisme en un pari risqué pour ceux qui croyaient pouvoir enterrer le dossier. En clair, chaque absence à venir ne fera que diluer le poids des récalcitrants et faciliter, in fine, une prise de décision.
Reste à savoir quand cette nouvelle séance sera convoquée. Le bureau de l’Assemblée, désormais sous pression, doit trouver une fenêtre dans un calendrier politique déjà saturé. En attendant, Grâce Bilolo continue d’exercer ses fonctions, le couperet suspendu au-dessus de sa tête. L’opinion publique, elle, observe ce ballet parlementaire avec un mélange de lassitude et d’ironie. Ce n’est pas la première fois qu’un gouverneur accusé de malversations voit son sort suspendu à un problème de quorum. Et si la manœuvre peut offrir un sursis, elle ne garantit jamais l’immunité. Les prochaines semaines diront si le gouverneur du Kongo-Central sortira blanchi ou définitivement fragilisé par ce piège institutionnel qu’il a, en partie, contribué à créer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
