À Kinshasa, ce mardi 12 mai, la Caisse Générale d’Épargne du Congo (CADECO) a tenu une assemblée générale qui marque peut-être un tournant historique. Après des décennies d’immobilisme, la banque publique affiche une ambition claire : se refaire une santé par la digitalisation de ses services financiers. Une mue numérique vitale pour cet établissement jadis pilier de l’épargne nationale, mais aujourd’hui en quête de crédibilité.
La CADECO traîne une réputation de géant endormi. Ses agences aux infrastructures délabrées, dispersées sur le territoire, symbolisent une léthargie prolongée. La défiance des épargnants, lassés par l’absence de modernité, a peu à peu vidé les comptes. Pourtant, le directeur général, Célestin Mukeba, l’affirme : « Cette assemblée générale s’inscrit dans la continuité des actions de modernisation engagées depuis plusieurs mois. Au-delà de la réhabilitation des infrastructures, la CADECO mise sur la transformation digitale de ses services. » Des mots qui résonnent comme une promesse de renaissance.
Lors de cette assemblée générale CADECO RDC, les actionnaires ont validé les comptes annuels et surtout entériné les grands chantiers de la modernisation banque publique. Premier axe : le déploiement d’un système informatique centralisé. Fini le temps des écritures comptables sur registres poussiéreux et des agences isolées. Désormais, chaque transaction sera enregistrée en temps réel, interconnectant le réseau national. Une petite révolution pour une institution où le traitement d’un simple virement pouvait prendre des jours.
Second pilier : le lancement d’applications mobiles. Les clients, et en particulier les fonctionnaires, pourront consulter leur solde, effectuer des virements ou payer leurs factures depuis leur téléphone. Une inclusion numérique qui vise à ramener vers la CADECO cette frange de la population longtemps tenue à l’écart par l’absence de services modernes. Enfin, la migration vers les cartes bancaires à puce EMV permettra retraits aux distributeurs automatiques et paiements électroniques chez les commerçants, alignant la banque sur les standards internationaux. La digitalisation services financiers n’est plus un luxe, mais une nécessité de survie.
« Nous voulons projeter l’image d’une institution accessible et alignée sur les exigences actuelles », précise Célestin Mukeba. Mais l’enjeu dépasse l’image. Il s’agit de renouer le fil de la confiance, de convaincre les Congolais que leurs économies sont en sécurité et fructifient. Une gageure quand l’histoire récente rappelle les files d’attente infructueuses devant les guichets.
Les travaux de réhabilitation des bureaux de Kinshasa, réalisés à 80 %, devraient s’achever fin juin 2026. Un symbole fort. Pourtant, la stratégie ne se cantonne pas à la capitale. La CADECO envisage d’étendre sa toile numérique vers des localités reculées : Ariwara, Kutu ou Buta. L’objectif est d’accompagner les populations là où le système bancaire classique n’a jamais mis les pieds. Une ambition d’inclusion financière qui résonne avec les priorités nationales de lutte contre la pauvreté.
Cette expansion vise aussi à capter l’épargne des PME et des petits commerçants, poumon de l’économie informelle. Le comité de gestion promet des facilités de crédit et des produits d’épargne adaptés. Suffira-t-il d’une injection de technologie pour ressusciter une banque exsangue ? La question mérite d’être posée. Car le numérique seul ne suffit pas ; il faut une gouvernance irréprochable, une rentabilité prouvée et une protection des dépôts exemplaire.
Néanmoins, le signal envoyé par la CADECO est encourageant. La modernisation de ses outils replace l’institution dans la course financière, aux côtés des banques commerciales et des opérateurs de mobile money. Si le virage est bien négocié, la banque publique pourrait retrouver son rôle de levier du développement local. Ce ne sont plus seulement les murs que l’on repeint, c’est l’âme d’une institution que l’on répare.
Dans un pays où le taux de bancarisation reste très faible, la CADECO a une carte à jouer. Mais le chemin est long, et la mémoire des épargnants, tenace. La digitalisation services financiers est peut-être le seul itinéraire pour que le plus vieil établissement bancaire du Congo ne devienne pas une pièce de musée. L’assemblée générale de ce 12 mai aura posé les rails. Reste à voir si le train arrivera à bon port.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
