Le samedi 9 mai, le gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, a signé un arrêté de remaniement de l’exécutif provincial. Un geste attendu, qui aura finalement accouché d’une équipe où la continuité prime sur la rupture. Avec seulement deux nouvelles figures — Elvis Kadiayi Ilunga aux Finances et Économie, et Nanan Babu Mukendi au Genre, Famille, Enfants et Mines — ce gouvernement provincial Kasaï-Oriental ressemble à s’y méprendre à sa version antérieure.
Ce choix de stabilité interroge. Dans un contexte où les attentes populaires se font pressantes, le chef de l’exécutif provincial mise-t-il sur la prudence ou sur le verrouillage d’un système bien rodé ? La reconduction de poids lourds comme Patrick Mukendi Makanda à l’Intérieur et Affaires coutumières, ou encore Gaston Katambayi Kabeya aux Affaires foncières, laisse entrevoir une architecture politique quasi inchangée. De même, Daniel Kazadi Cilumbayi (Santé publique), Joachim Kalonji Tshibumba (Infrastructures), Pascal Ilunga Hernaice (Justice, Porte-parolat) et Charles Kamanga (Plans, Ressources hydrauliques) conservent leurs maroquins sans trembler. Une fidélité qui pourrait être interprétée comme une prime à la loyauté, mais aussi comme l’aveu d’une marge de manœuvre réduite.
Le seul véritable mouvement, la permutation d’Élysée Kabuya Mende vers l’Éducation, sonne comme un ajustement technique plutôt qu’une révolution. Ainsi, le gouvernement provincial Kasaï-Oriental affiche une ossature identique, où les nouveaux ministres Kasaï-Oriental font figure d’exceptions dans un océan de stabilité. Mais alors, pourquoi remanier ? L’actualité Kasaï-Oriental, marquée par des défis socioéconomiques aigus — infrastructures délabrées, services de santé exsangues — aurait pu appeler à un renouvellement plus audacieux. Le gouverneur Mbwebwa Kapo semble préférer l’équation du « on prend les mêmes et on continue », au risque de décevoir une opinion publique en quête de changement.
Ce remaniement gouvernement Kasaï-Oriental n’est pourtant pas dénué de calculs. En maintenant en poste ses collaborateurs historiques, le gouverneur verrouille les centres de décision stratégiques. Les Finances, désormais confiées à Elvis Kadiayi Ilunga, pourraient connaître un nouveau cap, mais ce portefeuille sensible reste surveillé de près. Quant à l’arrivée de Nanan Babu Mukendi, elle apporte une touche de féminisation bienvenue, même si le cumul avec les Mines interroge : ce ministère aux contours flous pourrait bien n’être qu’un lot de consolation dans un jeu de chaises musicales sans mélodie politique.
L’exécutif provincial Kasaï-Oriental entre donc dans une phase de continuité affichée. Mais cette apparente quiétude cache peut-être des tensions souterraines. Les ministres reconduits, confortés, sauront-ils relever les défis d’une province où la pauvreté et le chômage gangrènent le tissu social ? Le remaniement aurait pu être l’occasion d’insuffler un souffle nouveau ; il s’apparente à un simple replâtrage. Certains y verront la marque d’un leadership avisé, d’autres celle d’un immobilisme déguisé. À Jean-Paul Mbwebwa Kapo désormais de prouver que sa stratégie du « stabilité d’abord » rime avec efficacité. Sans quoi, ce gouvernement provincial Kasaï-Oriental pourrait bien être perçu comme un attelage essoufflé, condamné à tourner en rond dans une province en panne de vision.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
