Le président Félix Tshisekedi a, mercredi soir, jeté un pavé dans la mare politique congolaise. Lors d’une conférence de presse tenue à Kinshasa, le chef de l’État a ouvertement évoqué la possibilité d’un troisième mandat et plaidé pour une révision constitutionnelle par voie référendaire. « Si le peuple le veut », a-t-il déclaré, il serait prêt à briguer un nouveau mandat à l’issue de son second quinquennat. Une déclaration qui, à elle seule, relance le débat sur les limites du pouvoir en République démocratique du Congo.
Félix Tshisekedi n’a pas caché sa position historique, rappelant que l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) avait toujours contesté la Constitution de 2006. « En 2006, l’UDPS avait dit que si elle arrivait au pouvoir, cette constitution serait changée », a-t-il martelé, assumant ainsi une continuité idéologique. Toutefois, il a posé des conditions au débat : « Aucune question d’intérêt national ne saurait être caricaturée, confisquée ou interdite à la réflexion. Mais ces questions doivent être abordées avec sérieux, transparence et méthode. » Une formule qui, sous couvert d’ouverture, laisse peu de place à une opposition frontale.
Cette sortie intervient alors que l’Assemblée nationale examine une proposition de loi déposée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, visant à encadrer l’organisation du référendum en RDC. Le texte de 93 articles prévoit un mécanisme exceptionnel de « changement constitutionnel » via une Assemblée constituante, tout en maintenant formellement les protections de l’article 220 de la Constitution. Cet article, véritable verrou, interdit toute révision portant sur le nombre et la durée des mandats présidentiels, ainsi que sur la forme républicaine de l’État. Mais peut-on réellement croire que cette barrière légale résistera à une volonté politique soutenue par une majorité parlementaire ?
Les Églises catholique et protestante, traditionnelles vigies du constitutionnalisme congolais, n’ont pas tardé à réagir. Dans un communiqué commun, elles mettent en garde contre toute tentative de révision de l’article 220, y voyant une atteinte frontale aux acquis démocratiques. « Toucher à cet article, c’est ouvrir la boîte de Pandore », prévient un analyste sous couvert d’anonymat. Car au-delà du troisième mandat, c’est tout l’édifice institutionnel qui pourrait vaciller. La question rhétorique s’impose : le peuple congolais est-il vraiment prêt à renoncer à la limitation des mandats, garante de l’alternance ?
Félix Tshisekedi a également lié l’organisation des élections de 2028 à l’évolution du conflit armé dans l’est du pays. « Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement on ne saura pas organiser les élections en 2028 », a-t-il averti, citant l’exemple de l’Ukraine où le président Zelensky n’a pas pu tenir le scrutin prévu. Une comparaison osée qui, habilement, reporte la responsabilité d’un éventuel glissement calendaire sur les groupes armés et les puissances étrangères. Mais ne s’agit-il pas là d’un précédent dangereux, où l’exception sécuritaire justifierait la suspension des échéances électorales ?
En ouvrant le débat sur le troisième mandat et la révision constitutionnelle, Félix Tshisekedi joue gros. D’un côté, il s’assure la fidélité de sa base politique, nostalgique d’une refonte de la Constitution. De l’autre, il s’expose à une fronde des confessions religieuses et d’une partie de la société civile. Le chemin vers 2028 s’annonce semé d’embûches. Mais une certitude demeure : le président a réussi à imposer son agenda au cœur de l’actualité politique congolaise, et la balle est désormais dans le camp du parlement et des juges constitutionnels.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
