Une évasion spectaculaire a eu lieu aux confins de la République démocratique du Congo et de la République centrafricaine. Deux adolescents, âgés de 14 et 17 ans, ont réussi à fuir les griffes des rebelles de la Lord’s Resistance Army (LRA), la rébellion ougandaise dirigée par Joseph Kony. Ces deux mineurs, kidnappés le 4 avril dernier dans les localités d’Ebale et Kpokpo, situées dans le territoire d’Ango (Bas-Uele), viennent de recouvrer leur liberté après un mois de captivité. Ce sont des témoins directs d’un enfer qui continue de frapper la région.
Selon la société civile locale, les deux rescapés sont arrivés samedi 2 mai au village de Djema, à moins de 50 kilomètres de la frontière avec la République centrafricaine. Leur parcours, digne d’un récit de survie, soulève une question glaçante : combien d’autres enfants endurent encore ce calvaire ? Les faits, rapportés par des sources locales, décrivent une fuite réalisée lors d’un relâchement des gardiens. Les deux jeunes ont alors profité de l’obscurité et de la confusion pour s’enfoncer dans la savane.
Leur périple a duré une semaine entière. Sans nourriture, sans eau, livrés à eux-mêmes dans une zone souvent qualifiée de « triangle de la mort », ils ont marché jusqu’à atteindre Djema. Cette localité centrafricaine sert aujourd’hui de refuge à ces évadés, mais aussi de point de départ pour comprendre l’ampleur du drame. Les enfants kidnappés par la LRA dans le Bas-Uele ne sont pas rares ; la région est un véritable réservoir d’otages pour Joseph Kony et ses hommes. Comment expliquer qu’une telle menace perdure, malgré les interventions militaires régionales ?
D’après le témoignage des deux adolescents, ils ont été enlevés par un groupe d’une dizaine de rebelles armés. La mission était dirigée par un certain Yaya, décrit comme l’un des fils de Joseph Kony. Ce détail révèle une organisation quasi familiale du commandement, où les liens de sang assurent la loyauté des troupes. Les fugitifs ont également livré une information alarmante : ils laissent derrière eux 24 autres enfants toujours aux mains de leurs ravisseurs. Parmi ces otages, on compte 13 filles, des petits Congolais, mais aussi dix enfants centrafricains. Cela porte à 24 le nombre total de mineurs retenus dans ce groupe précis, un chiffre qui pourrait n’être que la partie émergée de l’iceberg.
La question se pose : pourquoi ces enfants sont-ils encore captifs ? L’évasion des deux mineurs de la LRA dans le Bas-Uele constitue une lueur d’espoir, mais elle souligne aussi l’échec des dispositifs de protection de l’enfance dans cette zone frontalière instable. Les forces de sécurité congolaises et centrafricaines peinent à contrôler ces espaces vastes et peu habités, où la LRA se déplace en toute impunité. L’évasion mineurs intervenue le 2 mai démontre que les victimes ne sont pas passives : elles saisissent la moindre occasion pour fuir. Mais à quel prix ? Les deux rescapés ont vu leurs compagnons d’infortune rester derrière eux.
De son côté, l’administrateur du territoire d’Ango se montre prudent. Il attend le rapport officiel de ses services avant de confirmer ou d’infirmer ces informations. Une réserve compréhensible, mais qui ne doit pas occulter l’urgence. La République centrafricaine, déjà fragilisée par des décennies de conflits, devient un sanctuaire pour les ravisseurs. Les enfants kidnappés par la LRA dans le Bas-Uele sont souvent emmenés de l’autre côté de la frontière, rendant toute opération de secours complexe. Joseph Kony, bien que traqué, continue de faire régner la terreur à travers ses hommes.
Cette affaire relance le débat sur la traque du chef rebelle ougandais. Alors que des efforts internationaux ont été déployés pour capturer Joseph Kony, des dizaines d’enfants restent prisonniers. Les deux adolescents évadés sont des héros malgré eux, mais leur histoire est un rappel brutal que le travail est loin d’être terminé. La société civile locale appelle à une action renforcée de la MONUSCO et des forces armées congolaises pour sécuriser la zone d’Ango et ses environs. Comment justifier que, en 2025, des enfants continuent d’être arrachés à leurs familles pour servir de porteurs, d’esclaves sexuels ou de combattants ?
En attendant, les deux rescapés sont pris en charge par des organisations humanitaires à Djema. Ils devront être rapatriés en RDC dès que possible, mais leur témoignage sera précieux pour les enquêteurs. Les autorités centrafricaines ont été alertées. L’évasion mineurs dans le Bas-Uele est un signal fort : la résistance existe, même au sein des ténèbres de la LRA. Reste à savoir si ce signal sera entendu par ceux qui ont le pouvoir d’agir.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
