Pourquoi le paludisme continue-t-il de faire des ravages à Kinshasa malgré les progrès médicaux ? La réponse est peut-être à chercher non pas dans les laboratoires, mais dans les rues et les caniveaux de la capitale congolaise. Selon l’expert en environnement Joël Booto, la persistance de cette maladie est directement liée à l’insalubrité du milieu de vie. Dans un entretien accordé à Radio Okapi, il a dressé un constat alarmant : les eaux stagnantes qui envahissent marchés, rues et caniveaux bouchés créent un véritable paradis pour les moustiques, vecteurs du paludisme.
En République démocratique du Congo, et particulièrement à Kinshasa, l’urbanisation galopante n’a pas été accompagnée d’un plan d’assainissement efficace. « L’environnement de la RDC n’est pas bien assaini, tout comme notre plan d’aménagement urbain », déplore Joël Booto. Cette situation favorise la prolifération des moustiques, transformant chaque flaque d’eau en un nid à larves. Pourtant, la lutte contre le paludisme est souvent envisagée sous l’angle strictement médical : moustiquaires, traitements, vaccins. Mais pour l’expert, cette approche est incomplète. Il insiste : « Nous devons savoir que le paludisme n’est pas seulement un problème de santé, mais aussi un problème lié à l’environnement et à l’aménagement du territoire. »
Imaginez une ville où chaque eau stagnante est une micro-piscine pour les moustiques. C’est le quotidien de nombreux quartiers de Kinshasa. Les caniveaux bouchés, les déchets obstruant les écoulements, les marchés où l’eau croupit pendant des jours : autant de facteurs qui aggravent la transmission. Joël Booto fustige également une pratique dangereuse : l’automédication. « Beaucoup de personnes se soignent sans diagnostic, ce qui conduit à des résistances et à une persistance de la maladie », explique-t-il. Cette combinaison d’insalubrité et de comportements inappropriés maintient Kinshasa dans un cycle infernal de malaria.
À l’échelle mondiale, le paludisme reste un fléau meurtrier. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’en 2024, environ 610 000 personnes sont décédées sur près de 282 millions de cas recensés. Mais des progrès existent : 37 pays ont enregistré moins de 1 000 cas et 47 ont été certifiés exempts de paludisme. La RDC, elle, continue de figurer parmi les pays les plus touchés. Comment inverser la tendance ? Selon Joël Booto, la priorité absolue est l’assainissement. « La lutte efficace contre le paludisme passe avant tout par l’assainissement du cadre de vie, et non uniquement par le recours aux traitements cliniques », martèle-t-il.
Cette approche environnementale de la prévention du paludisme est cruciale. Elle implique une action collective : nettoyage régulier des caniveaux, élimination des eaux stagnantes, gestion des déchets, et sensibilisation des populations. Car, au-delà des moustiquaires et des médicaments, c’est l’environnement urbain qui doit être repensé. À Kinshasa, des initiatives citoyennes émergent, mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. Chaque citoyen peut contribuer : ne pas laisser d’eau croupir, signaler les dépotoirs, participer aux opérations de salubrité. Mais cela demande une volonté politique forte et une coordination entre les autorités et les communautés.
En cette Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le message de Joël Booto résonne comme un avertissement : tant que l’insalubrité régnera dans les rues de Kinshasa, la lutte contre le paludisme restera un combat perdu d’avance. Il ne suffit pas de distribuer des moustiquaires ; il faut aussi assainir. Alors, la question se pose : sommes-nous prêts à changer notre environnement pour sauver des vies ? L’expert en environnement nous rappelle que la réponse est entre nos mains. Investir dans l’assainissement, c’est investir dans la santé publique. Et cela, c’est un message que tous les Congolais doivent entendre.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
