À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, les officines pharmaceutiques se multiplient à un rythme inquiétant. Dans les rues du centre-ville, on compte parfois jusqu’à dix pharmacies sur un même tronçon de moins de cent mètres. Mais le problème ne réside pas seulement dans cette prolifération : c’est la qualité des soins qui est en jeu. Car dans bien des cas, les personnes qui vendent les médicaments n’ont aucune formation médicale. Elles n’ont jamais mis les pieds dans une école d’infirmiers, ni suivi le moindre cours de pharmacologie. Pourtant, elles officient comme des professionnelles de la santé, délivrant conseils et traitements à une population déjà vulnérable.
Comment accepter que des médicaments, censés soigner, soient vendus comme de simples marchandises au supermarché ? C’est la question que se posent les professionnels de santé locaux, inquiets de cette automédication dangereuse qui gangrène la région. Selon David Mputu, inspecteur à la Division provinciale de la santé (DPS), la cause première est un problème de réglementation. « Beaucoup de personnes qui n’ont jamais fréquenté une école d’infirmiers travaillent dans des officines pharmaceutiques. Il leur suffit d’obtenir une autorisation délivrée par l’inspection pour commencer à exercer », déplore-t-il.
Les conséquences de cette vente de médicaments à Bunia sans contrôle sont multiples et parfois tragiques. Un pharmacien de la place, qui a requis l’anonymat, témoigne : « Lorsqu’un patient se présente et explique sa plainte, soit on ne dispose pas du médicament indiqué, soit on lui administre un traitement qui ne correspond pas à sa pathologie. » Les risques ? Administration de médicaments inappropriés, surdosages, complications de maladies, et dans certains cas, des décès évitables. La santé publique en RDC est ainsi mise à mal par ces pharmacies illégales dans l’Ituri.
Mais pourquoi une telle situation perdure-t-elle ? Le manque de contrôle des autorités compétentes est pointé du doigt. Alors que la population de Bunia avoisine les deux millions d’habitants, les officines poussent comme des champignons, souvent en violation flagrante des normes en vigueur. Aux ronds-points Pic-Nic et des Martyrs, il n’est pas rare de voir plusieurs enseignes pharmaceutiques alignées, vendant des médicaments sans exiger d’ordonnance. Cette absence de suivi médial favorise l’automédication dangereuse, où chacun se fait son propre diagnostic sur la base de conseils donnés par des vendeurs non qualifiés.
Face à cette dérive, les professionnels de la santé appellent les autorités à agir. « Il faut renforcer la réglementation pharmaceutique et appliquer strictement les règles d’ouverture et de fonctionnement des officines », insiste David Mputu. L’objectif est clair : protéger la population et garantir un accès sécurisé aux médicaments. Car la santé n’est pas une marchandise comme une autre, et les médicaments ne sont pas des bonbons. Chaque comprimé, chaque sirop doit être prescrit par un médecin qualifié, et délivré par un pharmacien formé.
Alors que la RDC lutte déjà contre de nombreux défis sanitaires – paludisme, choléra, malnutrition –, cette crise silencieuse dans les officines de Bunia pourrait aggraver encore la situation. Les autorités provinciales et nationales doivent prendre conscience de l’urgence. Il ne s’agit pas seulement de fermer des pharmacies illégales, mais de repenser tout le système de distribution des médicaments. Former le personnel, contrôler les stocks, sensibiliser la population aux dangers de l’automédication : autant de pistes à explorer.
En attendant, chaque habitant de Bunia doit redoubler de vigilance. Avant d’acheter un médicament, exigez une ordonnance de votre médecin. Refusez les conseils d’un vendeur sans diplôme. Votre santé en dépend. Car comme le rappellent les experts, un médicament mal administré peut tuer aussi sûrement qu’une maladie.
La balle est dans le camp des autorités. Mais chacun, à son niveau, peut contribuer à mettre fin à cette vente de médicaments à Bunia sans contrôle. Protéger la santé publique en RDC est une responsabilité collective.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
