AccueilActualitéSecuritéLubumbashi : Des shegués barricadent l'avenue Lumumba pour extorquer les automobilistes

Lubumbashi : Des shegués barricadent l’avenue Lumumba pour extorquer les automobilistes

Une vague d’insécurité frappe à nouveau les artères de Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga. Ce vendredi 17 avril 2026, des barricades constituées de pneus usagés ont surgi à l’intersection de l’avenue Lumumba et de l’avenue Ndjamena, dans la commune de Lubumbashi. L’objectif de cet obstacle illégal ? Rançonner systématiquement les automobilistes. Le passage n’est autorisé qu’après le versement d’une taxe arbitraire, généralement fixée à 1000 francs congolais (0,4 USD), voire plus. Tout refus de paiement expose immédiatement les véhicules à des jets de pierres.

Les auteurs de ces actes sont de jeunes désœuvrés, communément appelés « shegués » en République Démocratique du Congo. Leur présence, de plus en plus nombreuse et agressive, plonge la population lushoise dans un climat de peur permanent. Cette pratique d’extorsion des automobilistes, filmée et devenue virale sur les réseaux sociaux, a mis en lumière l’audace de ces groupes. Comment une telle situation a-t-elle pu se pérenniser en plein cœur urbain ?

Les forces de sécurité ont réagi. La police nationale a annoncé l’arrestation des jeunes ayant érigé ces barricades. Selon les autorités policières, ces individus ont été manipulés pour poser un acte qui n’a duré que quelques instants, le temps d’être filmé. Cette annonce vise à rassurer une population excédée par ces agissements quotidiens. Cependant, l’efficacité de ces interventions ponctuelles est remise en question. Les shegués de Lubumbashi semblent toujours aussi présents, profitant souvent de l’absence ou des failles dans le déploiement des forces de l’ordre sur certaines artères principales.

Le phénomène des jeunes désœuvrés en RDC, et particulièrement dans le Haut-Katanga, dépasse largement cet incident isolé. Il s’agit d’un problème structurel profond. Le nombre d’enfants en rupture des liens familiaux ne cesse d’augmenter dans la ville de Lubumbashi. Postés à divers carrefours et points stratégiques, ces shegués sont régulièrement accusés d’actes d’agression, de vol et de menaces envers les paisibles citoyens. L’insécurité qu’ils génèrent est devenue une préoccupation majeure pour les habitants et les commerçants.

Face à cette recrudescence, les autorités ont multiplié les initiatives. La mairie de Lubumbashi et le gouvernement provincial ont déclenché des opérations de « ramassage » pour débarrasser la ville de ces jeunes. Certains ont été transférés vers le centre de Kanyama Kasese, géré par le Service national. Pourtant, ces tentatives ont montré leurs limites. Une récidive inquiétante est constatée : nombreux sont ceux qui, après avoir fui ou été relâchés, regagnent la ville et reprennent immédiatement les mêmes pratiques illégales. Le sentiment d’impunité paraît se renforcer.

Cette persistance du phénomène pose une question cruciale sur la gestion de l’insécurité à Lubumbashi. Les barricades sur l’avenue Lumumba ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Elles symbolisent l’échec des approches purement répressives face à un mal social complexe. La pauvreté extrême, l’absence de perspectives, la dislocation familiale et le manque de structures d’accueil et de réinsertion alimentent ce réservoir de jeunes en colère. Tant que ces racines ne seront pas traitées, les opérations de police resteront des palliatifs temporaires.

La population, quant à elle, vit au rythme de cette insécurité. Les automobilistes doivent composer avec ces points de contrôle illicites, devenus monnaie courante. La vidéo virale a au moins eu le mérite de médiatiser une réalité souvent tue par habitude ou résignation. Jusqu’où cette situation peut-elle dégénérer ? L’appel à une action plus globale et coordonnée, mêlant sécurité, social et éducation, se fait de plus en plus pressant de la part des organisations de la société civile.

En définitive, l’épisode des barricades sur l’avenue Lumumba est un signal d’alarme. Il révèle l’urgence de repenser la lutte contre l’insécurité urbaine à Lubumbashi. La réponse ne peut se limiter aux arrestations après-coup. Elle doit intégrer une stratégie durable de prévention et de réinsertion des jeunes désœuvrés du Haut-Katanga. Le défi est immense, mais la sécurité des citoyens et la paix sociale en dépendent. Le chemin pour débarrasser durablement Lubumbashi de ce fléau des shegués et de l’extorsion sera long, mais il est indispensable de l’emprunter.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

Commenter
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 18 Avril 2026

Kinshasa décrète l’état d’urgence face à l’insécurité. À l’Est, un accord RDC–AFC/M23 promet la libération de 477 prisonniers pour relancer le processus de paix. La crise humanitaire s’aggrave en Ituri, 4 000 déplacés accueillis à Kisangani. Près de 43 000 réfugiés reviennent du Burundi au Sud-Kivu, signal d’espoir. Sur la RN4, une attaque armée fait 7 blessés dans un bus près de Kisangani. Sur le front syndical, la SNEL éteint la grève et relance le dialogue sur les réformes du secteur électrique. En Europe, la Belgique tire la sonnette d’alarme sur l’explosion des demandes d’asile congolaises, taux d’acceptation en chute. Le Brief du Jour : toute l’actu RDC en 3 minutes.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques