« Il y a d’autres écoles qui sont inondées, difficile de continuer avec les cours… » La voix de Joseph Bassay, chef de division provinciale de l’éducation par intérim, est empreinte d’une lassitude teintée d’urgence. À Isangi, territoire de la province de la Tshopo, le décor est apocalyptique : des maisons effondrées, des rues transformées en canaux, des familles entières réfugiées sur des bouts de terre émergés. Depuis la mi-mars, la montée spectaculaire des eaux du fleuve Congo et de la rivière Lomami a plongé plus de vingt mille familles dans un cauchemar aquatique. Les inondations Isangi ne sont plus seulement une calamité saisonnière ; elles sont devenues une catastrophe naturelle Tshopo d’une ampleur inédite.
Les villages de Yandjadi, Yaliomna, Yangowa ou encore Yaikela sont littéralement engloutis sous les eaux. Ces villages engloutis Tshopo ne sont plus que des souvenirs pour leurs habitants, contraints à un exode forcé. À Isangi-Centre, la vie s’est arrêtée net. Toutes les voies d’accès sont coupées, isolant la cité du reste de la province. Comment survivre lorsque l’on est coupé du monde, que les marchés sont inaccessibles et que les puits d’eau potable sont contaminés ? La question hante chaque sinistré.
La crise humanitaire Isangi prend des proportions dramatiques. Les écoles et les hôpitaux, piliers de toute communauté, sont hors d’usage. Les salles de classe sont sous l’eau, les dispensaires ne peuvent plus fonctionner. Joseph Bassay alerte : « Le problème d’accès à l’eau, le problème d’hygiène avec des latrines, les gens qui défèquent dans l’eau, qui boivent la même eau… » Le spectre des épidémies de choléra ou de typhoïde plane sur une population déjà vulnérable. Les enfants, privés d’école, sont doublement victimes : de la catastrophe et de l’interruption de leur éducation.
Le fleuve Congo inondation n’est pas un phénomène nouveau, mais son intensité cette année interroge. Déforestation, changement climatique, manque d’infrastructures adaptées ? Les causes sont multiples, mais les conséquences, elles, sont immédiates et brutales. Face à l’ampleur du désastre, les autorités locales semblent dépassées. Impuissantes, elles lancent un SOS au Gouvernement central et aux partenaires humanitaires. « Il faut coordonner des actions d’urgence immédiates pour secourir les milliers de sans-abris, avant que le bilan humain ne s’alourdisse de façon irréversible », insiste Joseph Bassay.
La solidarité s’organise-t-elle ? Pour l’heure, les sinistrés survivent grâce à l’entraide communautaire et à quelques rares initiatives locales. Mais cela suffira-t-il face à une catastrophe d’une telle envergure ? La crise humanitaire Isangi met en lumière les faiblesses structurelles de la gestion des risques en République Démocratique du Congo. Comment un territoire riche en cours d’eau peut-il être aussi vulnérable à leurs caprices ? La prévention, l’aménagement du territoire, la construction d’infrastructures résilientes sont des mots qui sonnent creux dans cette région abandonnée à son sort.
Les enjeux sont colossaux. Au-delà de l’urgence vitale – nourriture, eau potable, abris, soins – c’est l’avenir même de ces communautés qui est en jeu. Va-t-on les laisser sombrer dans l’oubli une fois que les eaux se retireront ? La reconstruction devra être pensée de manière durable, pour éviter que le scénario ne se répète année après année. La résilience face aux catastrophes naturelles passe par un investissement public fort et une prise de conscience collective.
En attendant, à Isangi, chaque jour qui passe est une bataille pour la survie. Les familles sinistrées regardent le ciel, espérant une accalmie, et vers Kinshasa, attendant un geste. La catastrophe naturelle Tshopo est un rappel cruel de la vulnérabilité des populations riveraines du fleuve Congo. Elle interpelle la conscience nationale et internationale. Jusqu’à quand fermera-t-on les yeux sur ces drames récurrents ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
