Ce samedi 11 avril, le grondement des moteurs a pris un sens nouveau dans les rues de Kinshasa. Ce n’était pas le brouhaha habituel de la circulation, mais le son d’une mobilisation citoyenne. L’ASBL Dignité Humaine a donné le coup d’envoi d’une caravane motorisée d’un genre particulier, une opération coup de poing baptisée « Tofongola Miso » pour sensibiliser les Kinois au fléau qui ronge les fondations de leur société : la corruption. Avec le soutien de la GIZ / Coopération allemande, cette initiative a transformé les artères de la capitale en une salle de classe à ciel ouvert, où les messages de conscience résonnaient plus fort que les klaxons.
De Kimbanseke à Ngaliema, en passant par le rond-point Victoire et l’Huilerie, le cortège de véhicules a sillonné la ville comme un remède ambulant contre l’indifférence. À chaque arrêt, à Delvaux ou à l’UPN, jusqu’à la Gare centrale, une même question était posée, tacitement, aux visages croisés : Jusqu’à quand allons-nous accepter que la corruption dicte le prix de nos services, la vitesse de nos démarches, la valeur de notre justice ? Les messages diffusés ne se contentaient pas de dénoncer ; ils appelaient à un changement de comportement radical, une prise de responsabilité collective qui implique autant l’agent de l’état que le citoyen lambda.
« Dans une lutte pareille, il est difficile d’être satisfait », confie Élodie Tamunzinga, coordonnatrice de l’ASBL Dignité Humaine, avec une lucidité qui frappe. Pour elle et son équipe, la vraie victoire a un nom précis : « voir la RDC être retirée de la liste grise des pays touchés par la corruption. » Cette ambition, aussi colossale soit-elle, ne semble pas décourager les acteurs sur le terrain. Au contraire, l’engouement observé lors de cette caravane à Kinshasa, avec l’implication d’acteurs étatiques et non étatiques, est porteur d’un espoir tangible. Cette sensibilisation contre la corruption dépasse le simple spectacle ; elle veut planter une graine de refus dans l’esprit de chacun.
La lutte, cependant, ne fait que commencer. Prospère Tunda, un des porteurs du projet, l’annonce clairement : cette campagne ne restera pas confinée à la capitale. Elle doit s’étendre, se propager dans plusieurs autres provinces de la RDC. Car le mal est systémique, et le remède doit être tout aussi vaste. Comment, en effet, espérer un développement durable lorsque chaque interaction sociale ou administrative est potentiellement minée par ce cancer ? L’appui de l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) et du Réseau des parlementaires africains (APNAC) donne à cette initiative une légitimité institutionnelle cruciale, mais son succès final repose sur un pari : la capacité de la population à s’approprier ce combat.
L’ambiance particulière qui a régné dans les quatre districts traversés montre que le message trouve un écho. Il touche une corde sensible, celle de la dignité quotidiennement bafouée. La corruption en RDC n’est pas un concept abstrait ; elle a le visage de l’enseignant qui doit « motiver » son dossier, du malade qui « facilite » son admission à l’hôpital, de l’entrepreneur qui « graisse la patte » pour obtenir un simple document. La caravane « Tofongola Miso » a justement pour but de mettre des mots et une colère collective sur ces réalités trop souvent subies en silence.
En définitive, cette mobilisation à Kinshasa pose une question fondamentale sur l’avenir du Congo. S’agit-il d’un énième événement sans lendemain, ou de l’amorce d’un mouvement profond de refus ? L’implication d’organisations internationales et d’instances nationales est un signal positif, mais l’histoire de la lutte contre la corruption au Congo nous apprend que les structures ne suffisent pas. Il faut un changement des mentalités, une culture de l’intégrité qui doit naître dans le cœur de chaque Congolais. Le parcours de la caravane, de quartier en quartier, symbolise ce long chemin à parcourir. Un chemin où chaque citoyen, les yeux enfin ouverts (« Tofongola Miso »), doit devenir un soldat de la transparence. Le voyage vers une gouvernance saine est semé d’embûches, mais il commence par un premier pas : refuser, ensemble, de considérer la corruption comme une fatalité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
