Le vent a tout emporté. Toits, murs, espoirs. À Nkoso, dans le territoire de Bikoro, des familles entières dorment à la belle étoile, leurs vies réduites à un tas de débris de bois et de tôle froissée. « Nous sommes comme des animaux, exposés à la pluie et au froid », témoigne, la voix brisée, un habitant dont la case s’est effondrée sous la violence des rafales et des pluies diluviennes de ces dernières semaines. Ce récit poignant n’est pas isolé ; il reflète le calvaire vécu par des centaines de personnes dans les villages de Nkoso 1, Nkoso 2 et Lohenge, durement frappés par une récente catastrophe naturelle. Une situation d’urgence que le Panel des experts de la société civile de l’espace Grand Équateur qualifie de délaissement pur et simple.
Comment en est-on arrivé là ? Depuis décembre 2025, cette région de la République Démocratique du Congo est le théâtre de catastrophes naturelles répétées. Pourtant, selon Christophe Yoka, coordonnateur provincial du Panel, aucune réponse adéquate n’a été apportée par les autorités, qu’elles soient provinciales ou nationales. Les sinistrés de Bikoro et d’autres zones touchées survivent dans des conditions d’une précarité effroyable. Imaginez : pas d’abri digne de ce nom, un accès limité à l’eau potable, des structures sanitaires en ruine et des écoles détruites, compromettant l’avenir des enfants. L’assistance humanitaire en RDC semble faire défaut là où les besoins sont les plus criants.
Le bilan est lourd. Des habitations, des écoles, des centres de santé ont été réduits à néant, laissant un paysage de désolation. Les familles, déjà vulnérables, se retrouvent piégées dans un cycle de risques sanitaires et de désespoir. Face à cette détresse, l’action des pouvoirs publics brille par son absence. Un geste isolé de solidarité, celui du vice-gouverneur de Kinshasa originaire de la zone, a bien été noté. Mais peut-on parler d’une réponse à la hauteur de l’ampleur de la tragédie ? Cette aide ponctuelle, bien que symboliquement importante, ressemble à une goutte d’eau dans un océan de besoins.
La question qui brûle les lèvres de la société civile et des observateurs est simple : où sont les autorités ? L’appel lancé est un cri du cœur pour une assistance humanitaire immédiate et coordonnée. Il ne s’agit pas seulement de distribuer des vivres ou des bâches, mais d’enclencher un processus de reconstruction durable des infrastructures de base. Les villages de Nkoso ravagés par les inondations et les vents violents ont besoin de bien plus que de la charité ; ils ont besoin d’un plan d’action structuré, assumé par l’État. Le Panel des experts de la société civile en RDC met ainsi en lumière un problème récurrent : la gestion des catastrophes naturelles et le soutien aux populations sinistrées restent le parent pauvre des politiques publiques dans de nombreuses régions.
Cette situation pose un enjeu sociétal fondamental : celui de la responsabilité de l’État face à ses citoyens les plus vulnérables. La répétition de tels scénarios d’abandon, après chaque choc climatique, sape la confiance dans les institutions et alimente un sentiment d’injustice profond. Les catastrophes naturelles sont peut-être imprévisibles dans leur intensité, mais la réponse qui leur est apportée ne devrait pas l’être. Elle devrait être systématique, rapide et efficace. Le cas du Grand Équateur est un test crucial pour les autorités congolaises. Sauront-elles transformer l’essai et prouver que la protection des vies et des biens des citoyens est une priorité absolue, ou laisseront-elles ces communautés continuer à sombrer dans l’oubli et la précarité ? L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action. La crédibilité de la gouvernance locale et nationale se joue aussi dans la boue des villages inondés de Bikoro.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
