L’air chargé de poussière rouge et l’odeur caractéristique du minerai n’ont pas découragé la délégation. Ce 1er avril, un groupe de femmes de la Division des mines du Lualaba franchissait les portes de Tenke Fungurume Mining (TFM), le cœur battant de l’industrie minière congolaise. Elles étaient venues non pour inspecter des rapports, mais pour toucher du doigt une réalité souvent cantonnée aux discours : l’inclusion des femmes dans un secteur historiquement masculin. Leur visite, point d’orgue d’un mois de mars dédié aux droits des femmes, a révélé une dynamique qui dépasse la simple vitrine sociale.
« Droits, justice, action pour toutes les femmes et filles ». Ce thème, plus qu’un slogan, a trouvé un écho concret dans les installations de TFM. Accueillies par leurs congénères du comité des femmes de l’entreprise, les visiteuses ont d’abord plongé dans les arcanes de la production. Olga Kazadi, ingénieure chimiste et superviseure au laboratoire métallurgique, a été leur guide. Avec une précision pédagogique, elle a décrit le voyage de la roche, depuis l’abattage jusqu’à la production des cathodes de cuivre étincelantes. Dans l’immensité bruyante de l’usine 30K, sous le regard admiratif des femmes du Lualaba, ces plaques de métal pur sont devenues le symbole d’un autre processus, plus discret mais tout aussi vital : celui de l’émancipation professionnelle féminine.
Mais les pratiques sociales TFM se mesurent-elles seulement à l’aune des visites guidées ? Le déplacement au camp de résidence a apporté une réponse plus nuancée. Là, un véritable village d’exposition, animé par les travailleuses elles-mêmes, attendait la délégation. Stand après stand, un panorama inattendu s’est déployé. Des techniciennes du traitement d’eau côtoyaient des électriciennes de maintenance, des opératrices de minage voisinaient avec du personnel médical. « Nous ne sommes pas juste des bénéficiaires, nous sommes des actrices du changement », semblait dire chaque démonstration. Cette mise en scène de la diversité des métiers assumés par les femmes au sein de la mine illustrait une inclusion genre industrie minière en action, loin des clichés.
La présence massive de la direction générale a envoyé un signal fort. Le CEO Li Leizhong, entouré de ses directeurs, n’était pas là pour une simple photo officielle. Dans son allocution, il a martelé la nécessité de « pérenniser les actions et de promouvoir l’égalité des chances RDC ». Un engagement de haut niveau qui, selon lui, doit transcender les départements. La bourgmestre de Fungurume, Aline Makano, représentée pour l’occasion, a salué cet effort, reconnaissant l’impact de l’entreprise sur la communauté au-delà de ses murs. Les discours ont ainsi convergé vers une idée centrale : la performance économique et l’équité sociale ne sont pas antinomiques.
Pourtant, l’événement le plus poignant fut peut-être le plus intime. Dans un coin de la salle, des médecins de la clinique Dipeta animaient une conférence-débat sur la planification familiale. Les questions, d’abord timides, ont fusé, abordant sans détour la santé reproductive et le bien-être. Ce moment de dialogue franc a rappelé que les droits des femmes Lualaba passent aussi par le contrôle de leur corps et de leur avenir. En parallèle, le rappel de la cérémonie des « femmes et filles de sciences » organisée plus tôt dans le mois pour des écolières locales a souligné la volonté de semer dès maintenant les graines de la prochaine génération de scientifiques.
Alors, les pratiques ESG Tenke Fungurume Mining sont-elles une réussite ? La remise de cadeaux symboliques aux participantes, geste de reconnaissance apprécié, a certes créé un climat de solidarité. Mais au-delà de l’émotion, cette journée a surtout démontré une architecture intentionnelle. Le comité des femmes, activement soutenu par l’entreprise depuis 2023, n’est pas une coquille vide. Il sert de courroie de transmission pour des politiques qui semblent vouloir s’ancrer dans la durée. L’enjeu désormais est de transformer ces belles initiatives ponctuelles en une culture d’entreprise irréversible, où la parité ne serait plus un objectif à atteindre mais une norme opérationnelle.
Dans une région où l’exploitation des ressources naturelles rime trop souvent avec exclusion, le modèle de TFM est scruté. Peut-il inspirer une refonte des pratiques dans tout le bassin minier ? La route est longue. Mais en faisant de ses installations un laboratoire pour l’autonomie féminine, l’entreprise montre qu’une autre voie est possible. Une voie où le cuivre et le cobalt ne sont pas les seules richesses produites, mais où le capital humain féminin devient la plus précieuse d’entre elles. Le défi reste entier : s’assurer que ces avancées ne soient pas cantonnées aux enclaves des grands projets miniers, mais qu’elles irriguent l’ensemble de la société congolaise, pour une véritable justice sociale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
