Dans la cour de l’école du savoir de Lubero-centre, une atmosphère particulière régnait ce jour-là. Une centaine de visages, jeunes pour la plupart, certains marqués par les épreuves d’une région en conflit, étaient tournés vers Jocelyne Nzenze Mutsombirwa. Sa voix, portée par une conviction tranquille, ne parlait pas d’armes ou de stratégies militaires, mais d’une arme bien plus puissante et accessible à tous : la conscience patriotique. Cette scène, organisée par le CFIS Nord-Kivu en marge de la Journée internationale de la conscience, est plus qu’une simple séance de sensibilisation. Elle est le symbole d’un combat fondamental pour l’âme de la République Démocratique du Congo.
« Avant chaque action, écoutez cette voix intérieure », lançait la coordinatrice du Collectif Féminin pour l’Innovation et la Stabilisation aux participants. Son message était clair : dans un pays où les manipulations et les discours de division sont monnaie courante, la conscience individuelle est le premier bouclier. Mais comment construire une nation stable et innovante si ses forces vives, sa jeunesse, ne sont pas ancrées dans un amour profond et critique pour leur patrie ? C’est précisément cette question qui guide l’action du CFIS. Pour l’organisation, la sensibilisation des jeunes femmes et des hommes est la pierre angulaire de tout projet de reconstruction nationale. Sans un éveil civique massif, les efforts de stabilisation resteront vains.
Le choix de Lubero, territoire du Nord-Kivu historiquement éprouvé, n’est pas anodin. Ici, la paix est fragile, et les communautés sont souvent tiraillées. La « boussole intérieure » dont parle Jocelyne Nzenze Mutsombirwa prend alors une dimension vitale. Un jeune conscient, explique-t-elle, est un citoyen qui protège le patrimoine national, qui résiste à la tentation de servir des « forces obscures » pour un gain immédiat. Il devient un acteur de sa propre destinée et de celle de son pays. Cette vision dépasse la simple moralisation ; elle fait de la conscience le socle pratique de la paix et de l’innovation. Peut-on véritablement innover, créer, bâtir, lorsque l’on est habité par la méfiance et la division ?
L’approche du CFIS est particulièrement intéressante car elle place les femmes au cœur du processus de changement. Loin des clichés, elles ne sont pas présentées comme des victimes passives, mais comme des conseillères stratégiques, des piliers de la stabilité familiale et communautaire. « Utilisez votre conscience interne pour orienter vos maris vers des choix constructifs pour le pays », a-t-elle exhorté. Ce rôle de guide, exercé dans l’intimité du foyer, est présenté comme une barrière essentielle contre les dérives. Une femme qui cultive en elle-même et transmet à sa famille l’amour de la patrie et le sens du bien commun devient un rempart invisible mais puissant contre la manipulation. Cette reconnaissance du pouvoir d’influence des femmes est une stratégie de stabilisation à la fois subtile et profondément réaliste.
Mais cet éveil civique en RDC peut-il vraiment contrer des années de conflits et de discours nocifs ? Les participants de Lubero ont semblé y croire, absorbant des concepts qui transforment le citoyen en gardien de l’intérêt général. L’activité rappelle une vérité parfois oubliée : les outils les plus efficaces pour stabiliser une région ne sont pas toujours les plus coûteux ou les plus technologiques. Parfois, il s’agit simplement de rappeler à chacun sa valeur, sa responsabilité et son pouvoir d’agir pour le collectif. Le travail de terrain d’organisations comme le CFIS, qui parle directement au cœur des communautés, est un complément indispensable aux efforts politiques et sécuritaires.
Alors que le Nord-Kivu cherche toujours le chemin d’une paix durable, les paroles prononcées à l’école du savoir de Lubero-centre résonnent comme un manifeste d’espoir. Elles disent que la reconstruction du Congo passe par une multitude de petites révolutions intérieures. Elles affirment que la conscience patriotique n’est pas un concept abstrait, mais une force vive qui, une fois éveillée chez les jeunes et entretenue dans les foyers, peut devenir le ciment d’une nation enfin réconciliée avec elle-même. L’enjeu est de taille, mais la leçon de Lubero est claire : avant de rebâtir les institutions, il faut d’abord rebâtir les consciences.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
